Les vautours, sentinelles de la nature

En décembre 2024, des chercheurs de l’Institut Leibniz pour la recherche sur les zoos et la faune sauvage (IZW), ont présenté, dans le Journal of Applied Ecology, un système d’alertes permettant de détecter précocement, sur de vastes étendues, des changements ou incidents critiques environnementaux. Il peut s’agir d’épidémies, de catastrophes naturelles ou d’abattages illégaux d’animaux sauvages. Leur approche combine trois formes d’intelligence : humaine, animale et artificielle.

Des balises placées sur des vautours (figure) ont enregistré leurs mouvements. La synchronisation de ces informations avec des enregistrements vidéo, a permis de répertorier huit classes de comportement : alimentation, lissage de plumes, couchage, vol actif, vol stationnaire, etc. Un algorithme d’intelligence artificielle a ensuite été entrainé sur cette base de données, afin d’établir des « signatures » spécifiques à chacun de ces comportements. Les lieux d’alimentation, les sites de perchage, les nids, etc. ont ainsi pu être déterminés, en croisant les données comportementales avec les données GPS des balises. Les vérifications terrain réalisées sur 2 000 lieux d’alimentation identifiés par l’algorithme, ont montré que 92 % d’entre eux présentaient effectivement des preuves d’alimentation, comme la présence de carcasses, et avaient donc été correctement classés.

Installation d’une balise sur un vautour, permettant d’enregistrer sa position et son accélérationSource : Journal of Applied Ecology

L’identification en temps réel des sites d’alimentation des vautours permet ainsi de localiser sur de grands espaces la présence de carcasses. Outre la surveillance de la mortalité des animaux, cette approche peut servir de système d’alertes précoces sur les incidents environnementaux ou les épidémies survenant sur ces territoires. À travers l’initiative Gaïa, financée par le ministère fédéral allemand de l’Économie et de la Protection du climat, ce dispositif est désormais déployé sur plus de 130 vautours dans différentes régions d’Afrique.

Jérôme Lerbourg, Centre d’études et de prospective

Source : Journal of Applied Ecology

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