Les défis de l’élevage pastoral au Sahel

L’émission « Cultures monde » propose une série de podcasts sur la géopolitique du bœuf. Le dernier épisode, mis en ligne en décembre 2024, s’intéresse à l’élevage pastoral au Sahel. Il concerne principalement des zébus et des races taurines comme le Kouri. Cette activité fait vivre plus de 20 millions de personnes et contribue à hauteur de 10-15 % au PIB de ces pays. En raison de l’aridité de la région et des fortes variations météorologiques, cet élevage se fonde traditionnellement sur la transhumance. Le sociologue O. Touré établit une distinction entre les éleveurs transhumants qui disposent d’un territoire d’attache et de droits fonciers à partir desquels ils mènent leurs troupeaux, et les nomades qui n’en disposent pas. Néanmoins, tous doivent nouer des partenariats avec les agriculteurs. G. Duteurtre, agroéconomiste au CIRAD, explique que ces partenariats reposent sur des contrats de fumure, essentiels pour fertiliser les sols et séquestrer le carbone.

Cet élevage pastoral est confronté à des défis importants. Le premier est lié au changement climatique, en particulier à la modification des régimes hydriques qui dégrade la ressource fourragère et perturbe les mobilités saisonnières. Ensuite, les parcours de transhumance se réduisent en raison de l’urbanisation croissante, de l’extension des surfaces cultivées et de la privatisation des terres. Enfin, les éleveurs font face à une insécurité croissante en raison de la présence de groupes djihadistes : ils sont victimes de vols de bétails et d’enlèvements. Cette dégradation du contexte sécuritaire se traduit également par des restrictions de circulation émanant des autorités, comme en Côte d’Ivoire, en raison de suspicions d’appartenance à ces groupes.

Dans ce contexte, les États et les partenaires du développement se mobilisent. En novembre 2024, un forum de haut niveau sur le pastoralisme au Sahel et en Afrique de l’Ouest s’est tenu en Mauritanie. L’objectif était de dresser le bilan des initiatives mises en œuvre depuis dix ans pour soutenir ces éleveurs (une vingtaine de projets pour 1,3 milliard de dollars) et de proposer de nouvelles orientations. Un des enjeux est d’associer les pays côtiers au soutien au pastoralisme, dans la mesure où ils constituent un débouché économique important.

Johann Grémont, Centre d’études et de prospective

Source : France Culture

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