Impacts du changement climatique sur l’assurance fourrages aux États-Unis
Parmi leurs outils de gestion des risques agricoles, les États-Unis disposent d’un programme d’assurance des pâturages, des parcours et des fourrages (Pasture, Rangeland and Forage Insurance Plan, PRF), soutenu au niveau fédéral. Le service de recherche économique du ministère de l’agriculture américain (USDA-ERS) a publié en décembre 2024 un rapport consacré aux impacts potentiels du changement climatique sur ce dispositif.
Expérimenté à partir de 2007 et généralisé en 2016, le PRF est venu compléter l’offre traditionnelle d’assurance récolte couvrant les grandes cultures. Cette assurance indicielle repose sur les précipitations annuelles locales et leur éventuel déficit par rapport à l’historique depuis 1948. Ce dispositif s’est rapidement développé, atteignant 538 millions d’acres (218 Mha) assurés, soit 52 % des surfaces couvertes par le programme fédéral d’assurances récoltes (surtout dans l’ouest du pays), mais seulement 2,5 % de la valeur assurée et 10 % des indemnités versées.
Les auteurs du rapport ont modélisé l’impact du changement climatique sur la production de fourrages et ses conséquences sur le PRF, à l’horizon 2050 et à l’échelle des comtés. Les paiements dépendent des précipitations, de la production fourragère locale et du taux de couverture du PRF. Sur l’ensemble du pays, les auteurs anticipent un maintien global de la production de biomasse fourragère (+1 %), mais avec des situations locales contrastées compte tenu de l’évolution des précipitations (figure). Sur une année moyenne, dans certains comtés du Texas, du Nouveau-Mexique et du Colorado, les pertes dépasseraient 50 % ; au contraire certaines zones de l’État de Washington, de l’Idaho ou du Nevada verraient leur production fourragère nettement accrue.
Prévisions d’évolution de la production de biomasse herbacée 2024-2050 (en %)
Source : USDA
Quatre scénarios de développement du PRF sont proposés : le premier correspond à la situation de référence, avec un taux de couverture constant, égal à celui de 2024 ; le deuxième, tendanciel, prolonge l’évolution observée entre 2020 et 2023 ; dans le troisième le taux de souscription est corrélé à l’évolution des précipitations ; le dernier correspond à une couverture totale. Le montant des paiements nets (primes d’assurances déduites) atteindrait 500 millions de dollars par an en moyenne dans les trois premiers cas, et jusqu’à 2,6 milliards pour une couverture complète des surfaces (contre 600 millions de dollars par an actuellement).
Jean-Noël Depeyrot, Centre d’études et de prospective
Source : USDA


