Europe Jacques Delors

Basé à Bruxelles, Europe Jacques Delors (EJD) est le plus récent des think tanks inspirés par la vision politique et institutionnelle du premier président de la Commission européenne. Créé en 2020, il est centré sur les questions d’environnement et de verdissement de l’économie, notamment en matière d’alimentation. Ses travaux se déclinent plus précisément autour de quatre thèmes : finance verte ; protection et gouvernance de l’océan ; verdissement de l’agroalimentaire ; politiques commerciales. L’équipe permanente est constituée de treize personnes auxquelles sont associés huit chercheurs.

EJD a publié ces derniers mois plusieurs policy briefs, réalisant des bilans des politiques mises en œuvre par la précédente Commission et formulant des recommandations pour l’actuelle équipe. Le plus récent, sorti en octobre 2024, analyse les recours de la Commission européenne aux instruments commerciaux comme leviers de transition écologique, sur la période 2019-2024 (figure). Il pointe en particulier les écarts entre les ambitions affichées et les résultats obtenus, en matière de politique agroalimentaire. Par exemple, le souhait d’imposer les standards européens aux importations, via des clauses miroirs, ne s’est jusqu’à présent concrétisé qu’à la marge (mise en œuvre repoussée, modalités d’application non publiées, intégration très progressive dans les accords commerciaux, etc.).

Synthèse des principales mesures commerciales prises par la Commission dans le cadre du Green DealSource : Europe Jacques Delors

L’écart est encore plus marqué dans le domaine des politiques agricoles. Dans une étude de juillet 2024, EJB met en évidence le recul de la Commission dans l’atteinte de plusieurs objectifs ambitieux de la stratégie « De la fourche à la fourchette ». Les retards dans l’application voire l’abandon de certaines mesures (Cadre pour des systèmes alimentaires durables, règlement SUR relatifs aux pesticides, etc.) sont liés à l’apparition de divergences entre la DG Santé et la DG Agri, entre la Commission et les États membres, au blocage législatif qui en a résulté, mais aussi à l’instabilité géopolitique et à l’opposition des agriculteurs (figure). Adopté en réponse aux mouvements agricoles de janvier 2024, le « paquet de simplification de la PAC » est selon EJD revenu sur la conditionnalité renforcée de la PAC, sans pour autant réduire la charge administrative des agriculteurs.

Rappel des événements ayant pesé sur l’atteinte des objectifs de la stratégie « de la fourche à la fourchette »
Source : Europe Jacques Delors

Plus récemment, le think tank a publié quatre articles de blog, dans le cadre d’une série consacrée à l’agriculture régénératrice. Il s’agit d’illustrer, par des témoignages, les leviers et les freins à l’adoption de pratiques agricoles visant à améliorer la santé des sols et la gestion de l’eau, à réduire les émissions de gaz à effet de serre et à augmenter la biodiversité. EJD présente notamment les moyens mis en œuvre par One Planet Business for Biodiversity (initiative internationale et intersectorielle à laquelle participent notamment McCain, Danone ou L’Oréal), pour faciliter l’adoption de pratiques vertueuses par les agriculteurs. Pour ce faire, cette alliance préconise une rémunération des agriculteurs basée sur les résultats (amélioration de la qualité des sols ou de la biodiversité) et développe des outils financiers pour couvrir les coûts initiaux de transition.

Muriel Mahé, Centre d’études et de prospective

Source : Europe Jacques Delors

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