Réduction de la consommation de viande et prise en compte des facteurs socio-économiques

L’objectif de réduction de la consommation de viande, en France, fait l’objet d’un consensus scientifique, pour des raisons nutritionnelles et de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Pour autant, les impacts de cette réduction sur la nutrition et la santé humaine sont hétérogènes selon les individus. Dans le dernier numéro de la revue Agricultural and Food Economics, des économistes et nutritionnistes étudient ces impacts selon les catégories de population.

À l’aide des données de l’enquête INCA 3, menée par l’ANSES en 2015, ils ont étudié le profil sanitaire et nutritionnel de 1 400 adultes âgés de 18 à 64 ans, représentatifs de la population nationale. Ce profil est approché par leur statut nutritionnel (indice de masse corporel (IMC) et surpoids ou obésité éventuel), leur type de diète (consommation énergétique quotidienne, part d’aliments ultra-transformés), leur consommation d’aliments à haute densité énergétique, et la composition de leur régime moyen en macro-nutriments. Ces indicateurs ont été successivement analysés en fonction de la consommation de viande (quantité par mois), du statut socio-économique des consommateurs, du croisement de ces deux variables, et d’une série de variables de contrôle (âge, sexe, composition et localisation du foyer, etc.). L’analyse multivariée de l’IMC rappelle, comme cela est classiquement constaté, qu’il est négativement corrélé avec le niveau de formation. Elle montre surtout (figure) que chez les individus les mieux formés, une moindre consommation de viande va de pair avec un IMC réduit, alors que pour les individus moins bien formés l’IMC augmente lorsque la consommation de viande diminue. Chez les premiers, moins de viande va de pair avec moins d’aliments ultra-transformés, moins de sucres et notamment de boissons sucrées, à l’inverse des populations les moins éduquées. Les résultats sont convergents selon différents indicateurs socio-économiques. Encourager la réduction de la consommation de viande doit donc s’intégrer à une politique alimentaire incluant sensibilisation aux questions nutritionnelles et amélioration de l’accessibilité sociale et géographique des produits les plus sains.

Prédiction de l’IMC selon la consommation de viande et le niveau d’éducation
       Source : Agricultural and Food Economics
Lecture : l’IMC (indice de masse corporelle, Body Mass Index) figure en ordonnée du graphique, la consommation de viande en abscisse. Les courbes présentent les modélisations (intervalle de confiance de 95 %) pour les trois niveaux socio-éducatifs : personnes sans diplôme (bleu), diplôme technologique ou professionnel (rouge), formation supérieure (vert).

Jean-Noël Depeyrot, Centre d’études et de prospective

Source : Agricultural and Food Economics

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