La stratégie européenne De la ferme à la fourchette sous tension

Dans un récent Policy Paper (mars 2023), le think tank Europe Jacques Delors alerte sur les risques encourus en matière de cohérence et d’efficacité de la stratégie De la ferme à la fourchette, en partie imputables à des ajustements de court terme en réponse à la guerre en Ukraine.

Les auteurs mobilisent une documentation variée pour retracer l’évolution des débats dans la période récente : propositions formulées par la Commission européenne (législations, communications, stratégies, etc.), positions des États membres sur les différents textes à l’agenda, textes des acteurs des sphères agricole et alimentaire, publications scientifiques, etc. Ils analysent les arguments avancés par les parties prenantes pour infléchir ou soutenir les politiques de transition, les replaçant dans le contexte international. Ils interrogent en particulier le recours fréquent aux notions de « souveraineté » et « d’autosuffisance alimentaires », mises en avant depuis la guerre en Ukraine pour justifier une moindre ambition en faveur de la biodiversité ou du climat.

Ils approfondissent différents aspects des réglementations européennes : mesures d’urgence prises pour limiter la baisse de la production en dérogation des Plans stratégiques nationaux (PAC) ; retard pris par le règlement sur l’utilisation durable des pesticides (règlement SUR) ; soutiens apportés aux producteurs d’engrais de synthèse ; exacerbation des positions antagonistes sur les biocarburants ; intensification du lobbying dans le cadre des discussions sur les nouvelles techniques génomiques (NGT). Au moyen d’exemples concrets, tirés des prises de position des uns et des autres, les auteurs pointent notamment le retour en force de l’opposition entre productivité et durabilité de l’agriculture.

Ils concluent à l’urgence de mettre en place une législation « chapeau » intégrant tous les aspects liés à l’agriculture et à l’alimentation. Ils préconisent aussi de nommer un commissaire à l’alimentation. Par ailleurs, pour réduire les dépendances, améliorer les revenus des producteurs et le pouvoir d’achat des consommateurs, ils insistent sur la nécessité de diminuer le gaspillage et de favoriser une plus grande circularité au sein des chaînes de valeur alimentaires.

Muriel Mahé, Centre d’études et de prospective

Source : Europe Jacques Delors

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