Les stratégies européennes « biodiversité » et « de la ferme à la fourchette » : quels impacts économiques et environnementaux ?

Deux stratégies européennes fixent des cibles à atteindre dans les domaines de l’agriculture et de l’environnement d’ici à 2030 : les stratégies biodiversité (Biodiversity Strategy, BDS) et « de la ferme à la fourchette » (Farm to Fork, F2F). Le Centre commun de recherche de l’Union européenne a publié en juillet un rapport sur les effets environnementaux et économiques potentiels de l’atteinte de certaines de ces cibles. Les auteurs se concentrent sur celles relatives à la réduction de l’usage de pesticides et des pertes de nutriments dues à l’utilisation de fertilisants (- 50 % d’ici 2030). Ils s’intéressent aussi à la part de terres cultivées en agriculture biologique (+ 25 % d’ici 2030) et à la part de « particularités topographiques à haute diversité » (ex. : haies) dans l’assolement (+ 10 % d’ici à 2030).

Le travail est conduit avec CAPRI (Common Agricultural Policy Regionalised Impact Analysis), un modèle macro-économique de statistiques comparatives en équilibre partiel des secteurs agricoles et du premier niveau de transformation. Trois scénarios permettant d’atteindre les cibles choisies sont étudiés et comparés à un scénario de référence sans cible. Dans le premier, la Politique agricole commune (PAC) reste similaire à celle de 2014-2020. Dans le deuxième, elle évolue selon les propositions législatives de la Commission (juin 2018). Dans le troisième, un plan de relance européen est de plus mis en œuvre, avec des aides supplémentaires à l’investissement.

Les résultats montrent une baisse de la production européenne : dans le scénario 1, elle est de – 15 % pour les céréales et oléagineux, – 12 % pour les légumes et les cultures permanentes, – 14 % pour la viande et – 10 % pour le lait. Cela impacterait les importations et les exportations, et générerait des variations de prix et donc de revenu pour les producteurs.

Effets environnementaux de l’atteinte des cibles dans le scénario 1 ( % par rapport au scénario de référence sans cibles, en 2030)

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Source : Centre commun de recherche de l’Union européenne

Lecture : la colonne « F2F and BDS targets & CAP 2014-2020 scenario » présente les résultats du premier scénario. Sont estimées les émissions d’azote (nitrogen), d’ammoniac (ammonia), de méthane (CH4), de protoxyde d’azote (N2O), ainsi que la part des réductions d’émissions de GES non-CO2 qui fuit (ligne Leakage). Les émissions nettes sont précisées dans la dernière ligne.

En parallèle, l’atteinte des quatre cibles sélectionnées aurait des impacts environnementaux positifs sur le surplus azoté et les pertes d’azote, les émissions d’ammoniac, de méthane, de protoxyde d’azote et de CO2. La baisse des émissions autres que de CO2 serait de 14,8 %, mais les deux tiers de cette baisse « fuiteraient » hors de l’UE, par l’augmentation des importations de certains produits. Ce taux de fuite ne serait plus que de 51 % si le projet de nouvelle PAC était mis en œuvre (figure ci-dessus pour le scénario 1, ci-dessous pour les scénarios 2 et 3). Les émissions de gaz à effet de serre (GES) du secteur agricole européen diminueraient alors de 28,4 % d’ici à 2030.

Effets environnementaux de l’atteinte des cibles dans les scénarios 2 et 3 ( % par rapport au scénario de référence sans cible, en 2030)

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Source : Centre commun de recherche de l’Union européenne

Lecture : la colonne « F2F and BDS targets & CAP LP » présente les résultats pour le deuxième scénario. La colonne « F2F and BDS targets & CAP LP + NGEU » présente les résultats pour le troisième scénario.

Estelle Midler, Centre d’études et de prospective

Source : Centre commun de recherche de l’Union européenne

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