M. Levystone, Géopolitique du coton. Conquêtes d’une fibre à usages multiples, Le Cavalier bleu, 2026, 208 pages

Paru en mai 2026, cet ouvrage de M. Levystone (Inalco) inscrit la production du coton dans la longue histoire de la mondialisation. Il est d’abord cultivé dans plusieurs foyers dispersés (Inde, Chine, Amérique centrale, Afrique), avant de devenir au XVe siècle un enjeu majeur pour les puissances européennes. Leurs compagnies commerciales s’approprient les savoir-faire de tissage et de teinture que l’Inde seule maîtrisait. La « révolution industrielle » place ensuite la Grande-Bretagne au centre d’un système associant les manufactures du Lancashire aux plantations américaines, dont l’essor repose sur l’esclavage.

Aujourd’hui, quatre pays assurent les trois quarts environ de la production mondiale. La production chinoise est concentrée au Xinjiang et fait l’objet de sanctions américaines en raison du travail forcé imposé aux Ouïghours. L’Inde dispose de la plus grande superficie cultivée, mais pâtit de rendements faibles. Le Brésil a modernisé ses exploitations dans le Mato Grosso et tire parti de l’alternance culturale avec le soja pour réaliser des économies d’intrants. Enfin, les États-Unis restent un exportateur majeur, avec des aides publiques décriées par les pays concurrents.

Les deux derniers chapitres abordent plusieurs évolutions récentes. Le Brésil, par exemple, développe sa coopération technique avec l’Afrique. En Asie, les circuits de transformation se complexifient et dans le contexte de la guerre commerciale de 2018, les États-Unis soupçonnent un système de « plaque tournante » destiné à contourner leurs droits de douane : le Vietnam importe du coton brut chinois, le transforme en fil et le réexporte pour le tissage et la teinture, avant de récupérer les produits semi-finis pour assemblage. Le coton intervient aussi dans les relations internationales via ses sous-produits, comme le montre la guerre en Ukraine. Le linter, duvet qui entoure la graine, entre dans la fabrication de la nitrocellulose utilisée pour les poudres et propulseurs. Kiev a donc relancé la culture du coton pour réduire sa dépendance aux importations, alors que Moscou privilégie, pour les mêmes usages militaires, la pâte de bois et des approvisionnements asiatiques.

Le coton représente environ 20 % de la production mondiale de textiles, désormais largement dominée par les fibres synthétiques. Sa biodégradabilité est un atout face au polyester, issu du pétrole et source de microplastiques. Mais c’est une culture fragile, consommatrice d’intrants et sensible au changement climatique. 16 % des pesticides et 4 % des engrais utilisés dans le monde lui seraient destinés, pour 2,5 % de la surface agricole utilisée. Les procédés de teinture et de blanchiment alourdissent encore le bilan. Différentes réponses sont apportées pour rendre les modes de production plus durables : agriculture régénérative (rotation des cultures, couverts végétaux, paillage), agriculture de précision, amélioration de l’irrigation, etc.

Florent Bidaud, Centre d’études et de prospective

Source : Le Cavalier bleu

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