S. Abis, Tout est (enfin) bon dans le cochon. La tirelire du futur : protéines accessibles, écologie circulaire et solutions médicales, Armand Colin, 2026, 195 pages

Cet ouvrage paru en avril 2026 offre un panorama de la filière porcine et propose des « fictions provocatrices » de son avenir. La première partie décrit la place actuelle du cochon dans l’élevage et l’alimentation au niveau mondial. Sa consommation, quasiment universelle, est massive (125 Mt en 2025) et en croissance constante. Elle est particulièrement élevée en Asie et en Afrique, et la Chine concentre à elle seule environ la moitié de la production et de la consommation planétaires. Dans la deuxième partie, les grands atouts de la filière en Europe et en France sont présentés. L’élevage y est de plus en plus durable, bien que la concentration dans certaines régions, avec par exemple 60 % des élevages et abattoirs français en Bretagne, engendre des problèmes environnementaux. Il s’appuie sur des avancées génétiques, numériques, robotiques, et trouve ses débouchés dans une diversité de préparations culinaires utilisant la totalité de l’animal.

La dernière partie, prospective, propose des récits d’avenir pour la filière porcine. Dans le premier, le monde serait peuplé en 2030 de 8,5 milliards d’habitants. Les sources de protéines alternatives (ex. viande de culture) n’auraient pas tenu leurs promesses et la viande de porc serait devenue un pilier de la sécurité alimentaire mondiale. Une épizootie de grande envergure serait possible, entraînant un effondrement du cheptel et une disette, et la grippe porcine pourrait se transmettre à l’humain. Dans ce futur, pour assurer la production, les porcs seraient élevés individuellement dans un système très confiné, le bien-être animal n’étant plus pris en compte. Les élevages seraient clos, parfois installés sur des îles ou des bateaux pour faciliter la surveillance, et robotisés pour limiter les contacts avec les humains, y compris en Europe.

Dans le scénario suivant, vers 2050, la population mondiale aurait à l’inverse nettement diminué et beaucoup vieilli, en particulier en Chine. L’islam serait devenu la religion prépondérante d’Asie, suivi par le bouddhisme végétarien. La consommation mondiale de porc serait bien plus faible qu’aujourd’hui mais les usages « non alimentaires » augmenteraient. Les effluents seraient utilisés pour produire du gaz renouvelable et, en raison de la proximité biologique avec l’humain, une filière biomédicale porcine se serait développée. Elle produirait des tissus et des greffons pour la chirurgie (ex. peau pour grands brûlés) et des molécules thérapeutiques (ex. enzymes, hormones). Les élevages deviendraient des lieux de « naissance » avant tout et des structures à très haute hygiène.

Les deux derniers scénarios sont beaucoup plus succinctement décrits. Dans le troisième, entre 2035 et 2050, le cochon serait plus domestiqué que jamais. Il pénètrerait dans les demeures où il assurerait différentes fonctions : nettoyeur des déchets, compagnon des enfants et des personnes âgées isolées, fournisseur d’énergie via ses excrétas, etc. Le quatrième scénario irait jusqu’à la création d’un « cochon-clone » pour chaque humain, réserve de tissus ou de produits permettant de soigner les organes et fonctions déficientes.

Franck Bourdy, Centre d’études et de prospective

Source : Armand Colin

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