PORTRAIT – Resources for the Future : bioénergies, aléas naturels et assurance récolte
Resources for the Future (RFF) est un institut de recherche indépendant à but non lucratif, basé à Washington D.C. Fondé en 1952, ses travaux relèvent de l’analyse économique et plus largement des sciences sociales. Ils visent à éclairer les politiques de transition écologique, aux États-Unis et à l’international, dans des domaines variés : énergie, transports, agriculture, forêt, métaux critiques, etc. En 2025, l’institut a publié 152 documents (articles scientifiques, rapports, etc.), rédigés par plus de 150 salariés et experts associés. Il édite également la revue Resources, organise des événements et diffuse des podcasts. Son budget pour 2026 dépasse 16 millions de dollars, financé par ordre d’importance par des fondations, des particuliers, des agences gouvernementales et des entreprises.
Paru en mai 2026, le rapport The future of biofuels examine la place des bioénergies dans la transition énergétique aux États-Unis, où un tiers de la production nationale d’huiles végétales est aujourd’hui transformé en biocarburants. Les auteurs soulignent le potentiel de développement de ces derniers dans les transports, en particulier sur les segments difficiles à électrifier ou à convertir à l’hydrogène (ex. aviation). Le rapport revient sur plusieurs points de controverse : l’analyse du cycle de vie des biocarburants, la prise en compte des changements d’affectation des sols induits à l’étranger par l’essor des bioénergies américaines, et la conception des politiques publiques de soutien à la filière.
Un document de travail publié en juillet s’intéresse, lui, aux dommages économiques causés aux industries du bois de l’est des États-Unis par les perturbations naturelles (incendies, tempêtes, etc.), intensifiées par le changement climatique. Ces dégâts représentent 30,8 milliards de dollars sur la décennie 2006-2015 et 49,5 milliards sur 2015-2024, soit une hausse de 60,7 % (figure). Sur la seconde période, 40 % de ces dommages (20 milliards de dollars) sont directement imputables à l’aggravation des régimes de perturbation, avec de fortes disparités régionales : les insectes dominent au nord, les cyclones au sud.
Taux annuel de pertes économiques dues aux aléas naturels entre 2006-2015 et 2015-2024
Source : Resources for the Future
Lecture : les cartes A et B portent respectivement sur les périodes 2006-2015 et 2015-2024. La carte C montre l’évolution : une valeur non nulle (case colorée) dénote une hausse des pertes économiques dues aux aléas naturels en forêt.
Enfin, une publication d’août 2026 étudie l’effet des chocs météorologiques sur la souscription à l’assurance récolte fédérale entre 1991 et 2019 dans l’est du pays (figure). Selon les résultats, une baisse de 10 % des rendements entraîne une hausse des souscriptions de 4,9 % chez les producteurs de maïs et de 3,4 % chez ceux de soja. Les auteurs confirment en outre les effets positifs du programme sur l’emploi agricole : sur la période 2015-2019, il aurait permis de préserver 95 000 emplois, pour un coût unitaire d’environ 53 000 $. D’ici à 2050, le changement climatique pourrait accroître le coût du programme de 4 à 9 %.
Répartition spatiale des chocs météorologiques et de l’adhésion à l’assurance récolte en 2019
Source : Resources for the Future
Lecture : les Killing degree days (KDD) sont une mesure de l’exposition aux températures extrêmes. L’adhésion à l’assurance récolte (nommée Federal Corp Insurance Program – FCIP) est égale à 100 % lorsque la valeur est égale à 1. On observe une corrélation entre les deux grandeurs dans certaines zones de KDD élevés au sud-ouest (ex. nord-est du Texas) et sud-est du pays (ex. Floride, plaines côtières).
Miguel Rivière, Centre d’études et de prospective
Source : Resources for the Future





