Progression de la méthanisation en Europe et en Chine : intrants utilisés, technologies et politiques de soutien
Un article publié en mai 2026 dans la revue Energy Policy étudie la croissance du secteur de la méthanisation en Chine et en Europe, au cours des dix dernières années. Il documente plus spécifiquement la situation de 8 provinces chinoises et de 12 pays européens, dont la France.
Sur la période 2015-2025, la production de biogaz a doublé en Europe, atteignant 750 PJ (1015 joules) en 2024, l’Allemagne y contribuant pour un tiers. En Chine, la production a quintuplé (1420 PJ en 2024), les petites unités rurales subventionnées jusque-là disparaissant au profit d’installations industrielles. Alors que la dépendance de l’Europe au gaz russe est particulièrement critique depuis 2022, les méthaniseurs à ingestion se développent, produisant du biométhane pour les réseaux de gaz, le transport lourd ou le marché de la chaleur industrielle. La France se démarque par son taux de croissance élevé (figure). En Allemagne, la priorité donnée à la production d’électricité demeure (avec des installations en co-génération encore prépondérantes), de même qu’en Chine, même si 43 % de la consommation nationale de gaz sont importés.
Nombre de méthaniseurs valorisant le biométhane (système à ingestion) dans plusieurs pays européens et en Chine
Source : Energy Policy
Les types d’intrants qui alimentent les méthaniseurs varient d’un pays à l’autre. L’Allemagne a encore largement recours aux cultures énergétiques (maïs ensilage), même si leur part a été plafonnée par la réglementation, ralentissant l’essor de la méthanisation outre-Rhin entre 2016 et 2019. Les Pays-Bas sont mis en avant pour la place prépondérante des effluents d’élevage. En Italie et au Royaume-Uni, ce sont les gaz issus des décharges qui sont largement valorisés, tandis que plus de 60 % des intrants en Suède, Finlande et Danemark sont des déchets alimentaires issus des abattoirs ou des boues d’épuration. La Chine se distingue de l’Europe par son moindre recours aux cultures énergétiques et son utilisation accrue des résidus de récolte (700 Mt de pailles de blé et cannes de maïs) (figure).
Part (en volume) de différents types d’intrants dans les méthaniseurs européens et chinois
Source : Energy Policy
Parmi toutes ces matières premières méthanisables, l’article insiste sur la performance des effluents d’élevage, du point de vue des réductions d’émissions générées. Cela tient aux importantes émissions de méthane occasionnées lors du stockage et de l’épandage, dans le scénario contrefactuel. Les politiques de soutien des provinces et pays étudiés sont mises en perspective : tarifs fixes de rachat au début de la période en Europe, enchères concurrentielles ensuite, appels d’offres et soutiens dédiés au biométhane, recettes provenant des redevances pour traitement des déchets aujourd’hui, etc.
Karine Belna, Centre d’études et de prospective
Source : Energy Policy




