Ciblage et efficience des subventions pour les habitats semi-naturels
Dans sa stratégie pour la biodiversité à l’horizon 2030, l’Union européenne se donne pour objectif de consacrer 10 % de la surface agricole utilisée à des éléments de paysage « à haute diversité » tels que les haies, les jachères ou les prairies permanentes. Dans un article publié en avril 2026 dans Ecological Economics, des chercheuses estiment le montant des subventions aux agriculteurs nécessaire pour atteindre cet objectif, pour des régions agricoles slovènes.
Dans le cadre d’une « expérience de choix discrets », plusieurs cartes à options sont présentées à chacun des 477 agriculteurs enquêtés. Chaque carte propose trois choix correspondant à des combinaisons distinctes de montants de subventions et de surfaces en habitats semi-naturels exigées en retour (figure). Le traitement économétrique des réponses permet d’estimer la somme minimale nécessaire pour que les agriculteurs acceptent de mettre en place une quantité donnée d’habitats semi-naturels sur leur exploitation.
Exemple de carte à choix présentée aux agriculteurs enquêtés
Source : Ecological Economics
Lecture : l’agriculteur choisit parmi les options A, B ou 0. Les options A et B correspondent à des subventions à hauteur de 50 et 150 €/ha, respectivement, en échange d’une certaine combinaison de jachère, d’éléments boisés (haies, bosquets, etc.) et de prairies extensives. L’option 0 correspond au refus de participation au dispositif.
En extrapolant les résultats à dix régions slovènes prioritaires pour la conservation et la restauration des paysages agricoles, les auteures estiment à 137 millions d’euros le montant annuel nécessaire pour que toutes les exploitations de ces régions aient 10 % de leur surface en habitat semi-naturel. Dans la mesure où cela représente 264 % du montant actuellement consacré à l’éco-régime et aux mesures agro-environnementales et climatiques (MAEC) de la politique agricole commune en Slovénie, elles considèrent peu réaliste une telle dépense publique. Elles montrent cependant qu’il est possible d’atteindre à moindre frais l’objectif de 10 % au niveau paysager, en se concentrant sur les exploitations prêtes à mettre en œuvre davantage de surfaces de ce type pour des contreparties financières plus faibles. En particulier, en élevant à 20 % la part des surfaces en habitat semi-naturel requises au niveau des fermes, la valeur cible de 10 % à l’échelle du paysage serait atteinte, avec la participation de 50 % des exploitations, ce qui nécessiterait seulement 10 % du budget dédié à l’éco-régime et aux MAEC.
Les auteures mettent ainsi en avant la plus grande efficience économique de subventions ciblées, avec des exigences environnementales élevées, par rapport à des paiements plus largement accessibles. Elles soulignent néanmoins l’importance de choisir une échelle écologiquement pertinente pour définir un objectif territorial, et éviter une surconcentration d’habitats semi-naturels dans certains endroits au détriment d’autres.
Valentin Cocco, Centre d’études et de prospective
Source : Ecological Economics



