Prix du pétrole et des matières premières agricoles
L’agriculture est très dépendante des énergies fossiles pour les machines, l’irrigation, le chauffage, la réfrigération et le transport, mais aussi pour la fabrication des engrais et des pesticides. Des chercheurs turcs ont donc cherché à voir dans quelle mesure les variations des prix du pétrole et du gaz se transmettaient à ceux du blé, du maïs et du soja, de façon directe ou indirecte (via le cours des engrais). Les résultats de leurs travaux ont été publiés en mars 2026 dans l’Agricultural and Resource Economics Review.
Pour ce faire, les chercheurs ont utilisé des données mensuelles de prix de référence (figure), sur une période allant de février 1991 à février 2024. Les estimations ont d’abord été réalisées en excluant la période récente consécutive à la guerre en Ukraine, avant de prendre en compte l’ensemble des données.
Séries de prix mondiaux retenues pour l’étude
Source : Agricultural and Resource Economics Review
Les auteurs confirment d’abord la forte covariation entre pétrole brut et phosphate diammonique d’un côté, urée et gaz naturel de l’autre, particulièrement lors de chocs macroéconomiques externes comme le choc de prix du pétrole en 2008. Ensuite, ils mettent en évidence les liens directs et indirects entre les variations de prix de l’énergie et celles des prix des céréales et du soja, avec des effets plus ou moins décalés dans le temps. La volatilité combinée des prix des énergies fossiles et de ceux des engrais se traduit d’abord par des ajustements à court terme au niveau des exploitations (modification d’assolements, déstockage, optimisation des couvertures du risque). Contenue pendant cette période d’ajustement, la hausse des prix des céréales intervient cependant, mais avec un décalage dans le temps.
Les auteurs notent que la propagation des variations de prix s’amoindrit à partir de 2022, dans un contexte de « polycrise » (énergie, météorologie, logistique, géostratégie etc.), ce qui devra être confirmé à l’avenir, une fois ces chocs exceptionnels résorbés.
Muriel Mahé, Centre d’études et de prospective



