Stabilisation des rendements des systèmes agroforestiers face au changement climatique
Un article paru en juillet 2026 dans Agronomy for Sustainable Development examine, à partir d’une enquête en ligne, la capacité des systèmes agroforestiers d’Europe à maintenir les rendements et la qualité des récoltes face au changement climatique. L’enquête a été menée entre mai et juillet 2023 auprès de 300 experts (scientifiques, praticiens, membres de l’administration, conseillers, membres d’associations ou de projets européens relatifs à l’agroforesterie). Les répondants sont surtout des spécialistes de l’Europe centrale, et dans une moindre mesure de la région méditerranéenne et de l’Europe du Nord et de l’Ouest. Trois types de systèmes ont été considérés : sylvoarables, sylvopastoraux et avec des haies.
Paysages de systèmes agroforestiers en Europe
Source : Agronomy for Sustainable Development
À la date de l’enquête, les répondants estimaient que le changement climatique n’avait pas impacté le rendement des systèmes agroforestiers, alors qu’il aurait provoqué une baisse de 8 % dans les autres systèmes. D’ici à 2050, l’écart pourrait encore s’accentuer, avec une baisse de 20 % en moyenne pour les systèmes non agroforestiers, particulièrement en Europe centrale et de l’Est (-30 %), tandis que les rendements demeureraient stables dans les systèmes agroforestiers. Par ailleurs, la baisse de qualité des récoltes serait inévitable sur les terres arables non agroforestières (consensus parmi les répondants). Pour les systèmes sylvoarables, les avis sont plus partagés, la moitié anticipant une baisse de qualité et un quart une amélioration.
Selon les répondants, les systèmes agroforestiers seront moins sensibles aux épisodes de sécheresse prolongés que ceux dépourvus d’arbres ou de haies. Ceci s’expliquerait par le microclimat créé par les arbres, qui réduit l’évaporation et les besoins en eau des cultures, et par un meilleur stockage de l’eau dans le sol. Mais ces systèmes devraient tout de même être affectés par la plus grande occurrence d’autres perturbations climatiques : feu, grêle, gel tardif, etc. Pour y faire face, les experts rappellent l’attention à porter à leur conception, notamment la densité et l’orientation des rangs d’arbres ou d’arbustes. Ils conseillent de bien choisir les espèces et variétés, en mobilisant notamment des espèces issues de climats plus méridionaux ou arides. Ils suggèrent aussi d’associer différentes variétés d’arbres et de cultures pour diversifier l’usage du sol à l’échelle parcellaire et paysagère. Enfin, le mélange de plusieurs espèces de céréales sur une même parcelle permettrait d’adapter les systèmes à des conditions de culture hétérogènes et à bas niveau d’intrants.
Mathilde Lagrola, Centre d’études et de prospective
Source : Agronomy for Sustainable Development



