Le lapin de chair, une filière confrontée à des crises multiples

Paru en juin 2026 dans Anthropology of Food, un article de F. Derbez et A. Doré (INRAE) revient sur les différentes crises traversées par la filière française du lapin de chair. Héritière des élevages familiaux en clapiers, la cuniculture s’est professionnalisée à partir des années 1960, avec des ateliers spécialisés installés en bâtiments fermés où les animaux sont élevés en cages grillagées. La France compte aujourd’hui environ 800 éleveurs, principalement dans le Grand Ouest. L’atelier moyen produit 35 000 animaux par an.

Cette production a longtemps permis de dégager des revenus élevés, mais elle est aujourd’hui fragilisée par le recul de la consommation. Associé aux repas familiaux et dominicaux, le lapin ne trouve plus sa place dans les habitudes alimentaires des jeunes générations. Son image nourricière se brouille à mesure qu’il s’impose comme animal de compagnie. S’y ajoutent les fragilités du modèle productif : l’alimentation représente 60 à 70 % des charges et les variations du prix des céréales sont un problème majeur. Le lapin est également vulnérable à plusieurs épizooties (maladie virale hémorragique, etc.), susceptibles d’entraîner de lourdes pertes et nécessitant parfois des phases de vide sanitaire complet.

Depuis la fin des années 2000, les associations de protection animale en ont fait une espèce emblématique de la critique de l’élevage industriel. Les campagnes de L214 et de la SPA, puis l’initiative citoyenne européenne « End the Cage Age » ont mis la filière sous pression médiatique. Pour répondre à ces critiques, plusieurs démarches de prospective et d’expérimentation ont été engagées, notamment autour du projet Living Lab Lapin : les systèmes testés visent à accroître la mobilité des animaux et à favoriser l’expression de comportements jugés plus naturels.

Mais la cage demeure, aux yeux de certains éleveurs interrogés, un outil essentiel de maîtrise sanitaire. Ils associent le bien-être des lapins à des indicateurs de calme, de croissance et de reproduction, optimisés par l’élevage industriel (dit « rationnel »). Ce décalage nourrit une incompréhension face aux critiques de l’encagement. Ils doutent que les changements envisagés relancent durablement les achats, alors que les coûts, les risques sanitaires et les transformations du travail constituent pour eux une réalité immédiate.

Florent Bidaud, Centre d’études et de prospective

Source : Anthropology of Food

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