Gérer l’eau agricole pour nourrir 10 milliards de personnes en 2050
Un rapport publié en mars 2026 par la Banque mondiale s’intéresse à la gestion de l’eau en agriculture, dans un contexte où cette ressource se raréfie (voir une précédente brève) et sera critique pour assurer l’alimentation de la population humaine en 2050. Les auteurs classent les pays selon leur niveau de stress hydrique et leur statut d’exportateur ou d’importateur net de produits agricoles (figure). Ce statut tient compte de la valeur nutritive des produits (calories), au-delà des seules quantités échangées.
Catégorisation des pays selon leur niveau de stress hydrique et leur balance calorique
Source : Banque mondiale
Lecture : les deux groupes de la moitié gauche de la figure (1 et 4) correspondent à des pays importateurs nets de calories, ceux de la moitié droite (2 et 3), à des exportateurs nets. Les groupes du haut (1 et 2) correspondent à des nations où le stress hydrique est faible, ceux du bas (3 et 4) à des pays au stress hydrique élevé.
Les pays du groupe 1, importateurs de calories et où le stress hydrique est faible, disposent d’une marge de manœuvre pour développer leur production agricole sans nuire aux ressources en eau (figure). Par exemple, les aquifères peu profonds d’Afrique subsaharienne contiennent 61 % de l’eau douce de cette région, mais ils sont sous-utilisés. Dans une stratégie commune, six pays du Sahel (Burkina Faso, Mali, Sénégal, Niger, Tchad, Mauritanie) ont ainsi estimé à 1 million d’hectares la superficie potentiellement irrigable à partir de ce gisement.
Cartographie des pays du monde selon leur niveau de stress hydrique et leur balance calorique
Source : Banque mondiale
Lecture : le statut d’importateur ou d’exportateur de calories est calculé à partir des données de commerce et de composition des denrées alimentaires de l’Organisation pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). Le niveau de stress hydrique provient de la base de données Aqueduct 4.0 du World Resources Institute.
Les pays du groupe 2, au stress hydrique également faible, sont, à l’inverse, exportateurs nets de calories. Ils peuvent contribuer à la sécurité alimentaire globale en faisant coïncider leurs exports avec les besoins des pays des groupes 1 et 4, qui s’appuient fortement sur le commerce pour s’approvisionner.
La situation des pays qui exportent des calories tout en surexploitant leur ressource en eau (groupe 3) n’est pas durable. Elle les expose à une dégradation de leurs écosystèmes et de leur capacité à nourrir leurs habitants sur le long terme, en l’absence de mesures d’optimisation ou de régulation des usages de l’eau. Au Chili, les systèmes d’irrigation ont été modernisés afin d’atténuer la pression sur la ressource. Entre 1997 et 2021, les superficies employant des microjets et des systèmes de goutte-à-goutte sont ainsi passées de 93 000 ha à 900 000 ha, soit 50 % de la surface agricole. Des solutions règlementaires (ex. systèmes de quotas) ou agronomiques (ex. transition vers des productions moins consommatrices d’eau) sont aussi mobilisables.
Enfin, les pays du groupe 4, au stress hydrique élevé, sont structurellement dépendants des marchés pour assurer tout ou partie de l’approvisionnement alimentaire de leur population. Les auteurs recommandent d’allouer l’eau douce aux secteurs les plus compétitifs sur le plan économique, y compris hors agriculture, et de favoriser l’eau non-conventionnelle pour l’irrigation (ex. désalinisation). Ces solutions peuvent notamment passer par des partenariats public-privé. Une station de retraitement des eaux usées pour l’irrigation a ainsi été financée par l’État jordanien via une concession courant jusqu’en 2037. Au Maroc, un partenariat entre de multiples acteurs (banques, constructeurs de dispositifs d’irrigation, etc.) devrait permettre de financer l’acquisition de systèmes d’irrigation et de production d’énergie, pour 30 000 exploitations, d’ici à 2027.
Miguel Rivière, Centre d’études et de prospective
Source : Banque mondiale




