Principales pressions sur les forêts européennes : une prospective d’ici à 2070
Un article paru en janvier 2026 dans Sustainability Science cartographie les mégatendances affectant les forêts d’Europe. Les auteurs définissent une « mégatendance » comme une dynamique qui devrait avoir un impact majeur et direct sur la santé et les fonctions de la forêt. Six sont traitées : le changement climatique, les incendies, les ravageurs, les changements de couverture forestière, les récoltes et les dépôts d’azote. Pour chacune d’entre elles, des cartes comparant périodes passées et futures, jusqu’en 2070, sont produites.
Le changement climatique devrait affecter les forêts européennes de diverses manières. La saison de croissance s’allongerait dans le nord de l’Europe et deviendrait plus courte dans le sud-ouest, tandis que les sécheresses et les tempêtes se multiplieraient presque partout (figure). Le risque d’incendies augmenterait surtout dans l’ouest méditerranéen et les Balkans, alors que la Scandinavie ne serait pas plus affectée qu’aujourd’hui.
Cartographie des tendances d’évolution concernant la durée de la saison de croissance et l’aridité
Source : Sustainability Science
Lecture : la carte de gauche (A) montre l’évolution (en %) de la durée de la saison de croissance des végétaux entre 1980-2010 et 2041-2070. La carte de droite (B) montre l’évolution de l’aridité (ratio évaporation-précipitations, en %) entre 1990-2009 et 2050-2069.
Concernant les pathogènes, les auteurs se sont intéressés au scolyte de l’épicéa (Ips typographus). La susceptibilité des forêts à celui-ci devrait particulièrement augmenter en Scandinavie, en raison de la hausse des températures, et dans les zones de faible et moyenne altitudes d’Europe centrale. En ce qui concerne la couverture forestière, son évolution a été hétérogène sur la période 1992-2022 : elle a augmenté autour du bassin méditerranéen et en Europe de l’Est, à cause de l’abandon des terres agricoles. En même temps, la forêt régressait dans le nord de la péninsule Ibérique, les Balkans et les Alpes, en Scandinavie et dans les pays Baltes. D’après les auteurs, un facteur explicatif serait, pour la plupart de ces zones, l’intensification des récoltes de bois. À l’avenir, celles-ci devraient augmenter dans la majorité des pays, sauf en Irlande et là où elles sont déjà élevées (ex. Allemagne, Scandinavie). Le surplus d’azote – qui acidifie les sols, réduit la biodiversité mais contribue à renforcer la croissance des arbres –, continuerait à diminuer sur la majorité du continent.
Certaines régions seraient négativement impactées par plusieurs mégatendances à la fois. Il s’agit, par exemple, du nord de la Scandinavie, de l’ouest de la Pologne, des Alpes du sud et de certaines parties de la France (Landes et régions de montagne de l’est et du sud-est). À l’inverse, les régions de basse altitude seraient davantage épargnées par ces changements. Les auteurs ont aussi identifié les mégatendances les plus importantes dans chaque région (figure). Ils soulignent que les pressions risquent d’être significatives en Scandinavie et en Allemagne, deux régions clés pour l’industrie du bois.
Cartographie d’agrégation des six mégatendances
Source : Sustainability Science
Lecture : la carte de gauche (A) indique combien de mégatendances affectent chaque pixel géoréférencé de manière significative. La carte de droite (B) catégorise les régions d’Europe selon la ou les tendances les plus prégnantes. Dans l’ordre : le nord qui se réchauffe, le nord qui se réchauffe et où la gestion forestière s’intensifie, l’Europe tempérée affectée par les scolytes, l’Europe tempérée non affectée, la Méditerranée où les récoltes augmentent, la Méditerranée qui s’assèche.
Miguel Rivière, Centre d’études et de prospective
Source : Sustainability Science




