Dépendance des systèmes alimentaires aux énergies fossiles
En juin 2025, le Panel international d’experts sur les systèmes alimentaires durables (IPES Food) a publié un rapport sur la dépendance des systèmes agricoles et alimentaires aux énergies fossiles. À l’échelle mondiale, 15 % des énergies fossiles consommées leur seraient destinés et 40 % des produits pétrochimiques. La dépendance du secteur agricole à ce type d’énergie serait principalement imputable aux engrais d’origine fossile et aux emballages plastiques (figure).
Principales utilisations de produits pétrochimiques par les systèmes agricoles et alimentaires
Source : IPES Food
Un tiers de l’ensemble des produits pétrochimiques utilisés à l’échelle mondiale sert à produire des engrais azotés de synthèse. Ceci en fait le principal poste de consommation d’énergies fossiles du secteur agricole, lequel devrait croître de 50 % d’ici 2050.
La quasi-totalité des engrais et des pesticides employés en agriculture étant dérivés d’énergies carbonées, l’agriculture est particulièrement vulnérable aux variations de prix du pétrole et du gaz. Celles-ci se répercutent sur le prix des engrais et sur la production alimentaire (figure).
Variations des prix alimentaires et des engrais en lien avec ceux des énergies fossiles
Source : IPES Food
L’aval des chaînes de valeur représente 42 % de l’utilisation d’énergies fossiles des systèmes alimentaires, principalement liée aux processus de production et de transformation (réfrigération, stérilisation, cuissons, etc.). Les aliments ultra-transformés sont les plus énergivores, en raison des multiples processus industriels que leur fabrication implique. Les emballages alimentaires représentent 10 % de la production globale de plastique. Le transport n’est responsable que de 4,8 % des émissions de gaz à effet de serre des systèmes alimentaires.
Discutant les solutions pour réduire cette dépendance aux énergies fossiles, les auteurs soulignent que certaines technologies sont coûteuses et énergivores, alors que leur efficacité n’est pas toujours avérée. Par exemple, compter sur les engrais « bas carbone » (produits à base d’ammoniac bleu ou vert) risque de repousser l’adoption de modes de production agroécologiques, alors que 99 % de l’ammoniac est encore d’origine fossile en 2025.
De même, la numérisation de l’agriculture (ex. technologies d’autoguidage, de précision) repose sur des technologies intensives en énergies, plus ou moins carbonées, et elle ne réduit pas toujours l’utilisation d’engrais et de pesticides. Les auteurs recommandent plutôt le déploiement des énergies renouvelables et l’amélioration de l’efficacité énergétique, en parallèle de la transition vers des modes de production agricole et de consommation moins énergivores.
Marie Martinez, Centre d’études et de prospective
Source : IPES Food


