L’élevage en Égypte : un pilier de la sécurité alimentaire fragilisé par le changement climatique  

L’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) a publié, en mai 2025, un rapport qui analyse le rôle clef de l’élevage pour la sécurité alimentaire égyptienne, et s’interroge sur l’avenir des petits producteurs face aux défis climatiques et environnementaux. À partir d’une enquête de terrain, le document présente l’état actuel de l’élevage égyptien et ses singularités spatiales, avant de proposer des solutions dites « climato-intelligentes ». Le secteur de l’élevage assure environ 37 % de la valeur totale de la production agricole du pays et soutient plus de 1,8 million de foyers ruraux. Le modèle traditionnel, encore largement répandu, se distingue par la coexistence de plusieurs espèces au sein des troupeaux (figure) : grands ruminants (bovins, buffles), petits ruminants (moutons, chèvres), volailles et parfois chameaux. Les bovins et les buffles jouent un rôle vital dans l’approvisionnement en lait et viande, et constituent un atout crucial pour la résilience des petites exploitations.

Intégration de l’élevage dans les modèles agricoles traditionnels
Source : FAO

Dépendant des importations de fourrage, l’élevage est particulièrement vulnérable aux chocs internes et externes. Déjà visibles en Égypte, les effets du changement climatique vont s’intensifier. La hausse des températures, la variabilité accrue des précipitations, l’incidence croissante des maladies (dermatose nodulaire contagieuse, fièvre aphteuse ; figure), ainsi que la pénurie d’eau, constituent des défis considérables pour les agriculteurs. Les données recueillies mettent en avant une disparité régionale significative, les espaces de Haute-Égypte montrant une résilience plus faible que leurs voisins du Nord.

Maladies animales et lien avec la hausse des températures, dans six gouvernorats égyptiens (sur les cinq dernières années)
Source : FAO
Lecture : chaque histogramme correspond à un gouvernorat. Parmi l’ensemble des maladies animales, la part des maladies émergentes non liées à la hausse des températures est représentée en rose, celle des maladies émergentes liées à la hausse des températures est représentée en bleu, celle enfin des maladies qui ne sont pas nouvelles apparaît en rouge.

Parmi les solutions pour assurer l’avenir de l’élevage, les auteurs identifient la production d’aliments plus durables via la réutilisation des déchets agricoles (paille de riz, paille de blé, etc.), la diffusion de cultures fourragères résistantes à la sécheresse, la sélection de races plus résilientes, l’agrivoltaïsme qui permet de limiter le stress thermique des animaux tout en optimisant la consommation énergétique. Le rapport s’achève par des recommandations de politiques publiques portant sur l’accès au crédit, le rôle des coopératives dans la diffusion de nouvelles pratiques, ou encore les dispositifs participatifs. Toutefois, le document ne mentionne pas les contraintes budgétaires d’un État de plus en plus endetté, ni la dimension autoritaire et centralisatrice du régime, peu favorable aux initiatives locales.

Delphine Acloque, Centre d’études et de prospective

Source : FAO

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