Évolution de la diversité des espèces cultivées en Inde

Un article de décembre 2019, publié dans PLOS ONE, revient sur les impacts de l’intensification de l’agriculture en Inde sur la diversité des espèces cultivées, entre 1947 et 2014. Deux sources de données (India Agriculture and Climate et International Crops Research Institute for the Semi-Arid Tropics) ont été compilées pour suivre entre 20 et 24 espèces (selon les années et les informations disponibles), sur 305 districts. Le calcul d’indices a permis de préciser la diversité des cultures et son lien avec l’intensification des pratiques.

De 1947 à 2014, les surfaces cultivées en Inde ont augmenté de 37 %. Le riz reste la culture principale, malgré le triplement des surfaces de blé, deuxième culture la plus répandue. L’expansion du blé s’est faite au détriment de nombreuses espèces, telles que le pois chiche, l’orge et, dans une moindre mesure, le millet, le sorgho et le coton. De plus, deux tiers des surfaces cultivées en millet et en sorgho ont été remplacées par d’autres espèces, notamment le colza, la moutarde, le coton, les fruits et légumes.

En 1956, les cultures se répartissaient de manière relativement homogène en Inde. Par la suite, les États du Nord se sont spécialisés dans la production du blé et du riz, là où ces plantes étaient déjà implantées en 1947. L’intensification de l’agriculture, la mise en place de subventions, d’un contrôle des prix et d’investissements publics, pour améliorer les réseaux de distribution, ont favorisé la compétitivité de ces deux cultures au détriment du sorgho et du millet, entraînant une diminution de la diversité culturale dans ces États. Indirectement, ces politiques ont aussi incité les États dont les conditions étaient moins propices au riz et au blé à s’orienter vers d’autres productions. Des actions de diversification des cultures ont également encouragé ces évolutions, ainsi qu’une demande en produits diversifiés plus forte suite à l’augmentation des revenus des habitants. Pour cette raison, les districts obtenant les scores de diversification les plus élevés se situent aujourd’hui dans le sud du pays, notamment ceux s’étant détournés du sorgho et du millet au profit du colza, de la moutarde, du coton, des fruits et des légumes.

Les auteurs établissent ainsi les impacts indirects et opposés que peuvent avoir des politiques d’intensification sur des régions moins favorisées en matière de potentiel de production. Ils rappellent cependant que l’augmentation de la diversité culturale ne traduit pas la diversité biologique totale des régions, qui peut être impactée négativement par l’expansion des cultures.

Nombre d’espèces cultivées en 1956, 1974, 1992 et 2008 au niveau des États (A) et des districts (B)

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Source : PLOS ONE

Aurore Payen, Centre d’études et de prospective

Source : PLOS ONE

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