La dépendance alimentaire de l’Afrique du Nord et du Moyen-Orient à l’horizon 2050, Chantal Le Mouël, Bertrand Schmitt (coordinateurs)

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Ce livre d’une grande clarté, et qui comporte une masse d’informations, expose les résultats d’un exercice de prospective conduit par l’Inra en 2015, à la demande de l’association Pluriagri. Les simulations présentées s’appuient sur le modèle GlobAgri, mis au point par l’Inra et le Cirad à l’occasion du chantier Agrimonde-Terra. GlobAgri est un outil quantitatif qui mobilise les données FAOStat et projette des équilibres entre ressources agricoles (productions et importations) et des utilisations alimentaires (alimentation humaine et animale, pertes, stocks). La région étudiée, véritable « miroir grossissant des défis alimentaires mondiaux », comprend 22 pays. Rigoureux dans son argumentation, très pédagogique dans ses démonstrations, le texte s’organise en trois chapitres qui déclinent les questions basiques de toute bonne prospective.

Que savons-nous ? Le premier travail a consisté en une analyse rétrospective, sur longue période (1961-2012), des grandes tendances relatives aux systèmes agricoles et alimentaires de la région. Elle montre que la dépendance aux importations a fortement augmenté, du fait de la croissance démographique, de l’amélioration quantitative de la diète, de son évolution qualitative, alors que, dans le même temps, les rendements restaient faibles, les capacités d’irrigation limitées et les sols dégradés. Le maintien de la productivité du travail agricole à un faible niveau est également souligné.

Que peut-il advenir ? Deux scénarios tendanciels de référence ont ensuite été construits, le premier en prolongeant le passé sans renforcement des effets du changement climatique, le deuxième (plus crédible) avec renforcement de ces effets. Dans le premier cas, en 2050, le système agricole et alimentaire de la région ne parvient à subvenir aux besoins, dans la limite de ses surfaces cultivables, qu’en augmentant encore les importations. Dans le second cas, la région est encore plus dépendante de l’extérieur, le Maghreb étant le plus touché (jusqu’à 70 % de produits importés), alors que la Turquie renforcerait sa position d’exportateur net.

Que faire ? La prospective étant une anticipation au service de l’action, le dernier chapitre teste la façon dont les conjectures ci-dessus pourraient être infléchies par l’évolution des modes de vie ou de nouvelles orientations politiques. Plusieurs hypothèses sont testées : retour à la diète méditerranéenne et dés-occidentalisation du régime alimentaire, essor des progrès agronomiques et zootechniques, extension des surfaces irriguées, limitation des pertes et gaspillages. Aucune de ces pistes d’évolution, prise séparément, ne permet de réduire la dépendance aux importations et seule leur combinaison, nécessitant des politiques très volontaristes et coûteuses, pourrait avoir de premiers effets significatifs.

Bruno Hérault, Centre d’études et de prospective

Lien : Éditions Quæ

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