Le paysage, Thierry Paquot

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Les discussions sur le paysage font souvent référence à l’agriculture, soit pour considérer, de façon positive, qu’elle entretient et modèle les espaces vécus (jolies collines verdoyantes des régions d’élevage, beaux damiers colorés des zones de plaine, etc.), soit au contraire pour déplorer sa destruction des images ancestrales (disparition des haies et des bocages, tristesse de l’openfield, enfrichement des terres peu accessibles aux agro-équipements, etc.). L’intérêt de cet ouvrage est de « désagricoliser » le débat. Il explique, d’une part, qu’il y a une multitude d’acteurs, de processus et d’activités qui façonnent les paysages. Il montre, d’autre part, que les paysages agraires ne sont qu’un type parmi d’autres d’ordonnancement visuel du territoire : paysages naturels, urbains, péri-urbains, commerciaux, industriels, routiers, etc.

L’auteur privilégie une approche sensible et fait la part belle à l’histoire des idées et des théories, à l’analyse des sentiments et des représentations sociales. Après avoir retracé l’histoire du concept de « paysage », issu du vocabulaire des peintres, il indique comment diverses disciplines se sont emparées de la « question paysagère », depuis la suprématie ancienne des géographes jusqu’à l’actuelle domination des philosophes. Le chapitre suivant explore le « sentiment paysager » à travers les âges et dresse le portrait de quelques penseurs essentiels : Thomson, de Laprade, Reclus, Mornet, Paulhan, Dauzat. D’autres pages, très intéressantes, sont consacrées aux différents enjeux véhiculés par le paysage : objet de reproductions picturales et de jugements esthétiques ; support de promotion touristique ; argument de marketing territorial et politique ; capital à patrimonialiser, à protéger ou à classer. Quant au dernier chapitre, il décrit les métiers qui interviennent directement sur le paysage (les « paysagistes » d’aujourd’hui n’étant plus que des dessinateurs de jardins…), mais aussi tous les autres acteurs qui concourent à leur production : jardiniers du dimanche, apprentis horticulteurs, habitants, aménageurs, architectes, écologues, paysans, ou plutôt « paysangistes », pour reprendre la formule de Jacques Simon.

Au total, ce livre vivant et instructif, complété d’une importante bibliographie, est une très bonne introduction à la géo-histoire de la pensée paysagère.

Bruno Hérault, Centre d’études et de prospective

Lien : éditions La Découverte

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