PORTRAIT : SYSTEMIQ, un regard global sur l’avenir de l’agriculture et de l’alimentation
SYSTEMIQ est un cabinet de conseil international spécialisé dans la transformation des systèmes économiques au service de la durabilité et de la transition bas carbone. Fondé en 2016 et basé à Londres, il intervient dans cinq domaines principaux : l’énergie, l’économie circulaire, l’alimentation et l’usage des sols, les espaces urbains, la finance durable. Trois études prospectives récentes anticipent les évolutions des systèmes alimentaires. Elles interrogent à la fois la reconfiguration des rapports de force dans l’agroalimentaire (montée en puissance de la Chine, etc.) et le rôle structurant des innovations technologiques.
Publié en avril 2026, le document À la croisée des chemins : l’alimentation à l’ère de l’incertitude souligne que le modèle agricole dominant, fondé sur la recherche de productivité et de rentabilité, a atteint ses limites biophysiques. Les auteurs décrivent, à l’horizon 2050, quatre futurs alimentaires contrastés pour la planète. Le scénario d’« adaptation pilotée par le marché » repose sur une forte intensité capitalistique et technologique, soutenue par une énergie bon marché. Le pouvoir des détenteurs de données et de propriété intellectuelle serait renforcé, tout comme les inégalités d’accès à une nutrition optimisée. Le scénario d’« action portée par les territoires » envisage un monde où des chocs répétés (conflits, crises sanitaires, etc.) érodent la confiance dans les institutions étatiques et déplacent l’adaptation vers l’échelle locale, aggravant les disparités inter-régionales. Le scénario d’« intervention publique fragmentée » repose, quant à lui, sur un repli des gouvernements. Ceux-ci érigent la sécurité alimentaire en priorité nationale, au risque d’accentuer les fractures géopolitiques entre blocs régionaux fermés. Enfin, le scénario de « réponse publique coordonnée » anticipe des crises alimentaires dans les années 2030. Elles catalyseraient la coopération entre États autour de banques de données partagées et d’un Codex planetarius régulant le commerce mondial.
SYSTEMIQ a également publié début 2026 un rapport qui examine les effets de la stratégie chinoise de sécurité alimentaire sur les chaînes de valeur mondiales. Selon les projections (figure), les importations chinoises de soja diminueraient de 25 % d’ici à 2030. Le pays deviendrait exportateur net en volaille, œufs, produits laitiers et produits d’aquaculture à l’horizon 2040. Et la production de protéines alternatives (ex. protéines végétales, protéines issues de la fermentation) pourrait couvrir jusqu’à 55 % de la demande intérieure d’ici à 2050.
Évolution anticipée du solde commercial net de la Chine pour certaines matières premières, indexée sur 2025 (2025 = 1)
Source : SYSTEMIQ
Lecture : Les courbes montrent l’évolution du solde commercial net par produit (valeur des exportations – valeur des importations) à partir de l’année de référence 2025. Une courbe qui monte de -1 vers 0 signifie une réduction de la dépendance aux importations et une courbe qui passe au-dessus de 0 signifie que la Chine devient exportatrice nette pour ce produit. Au cours des trois prochaines décennies, la Chine devrait ainsi réduire sa dépendance aux importations de céréales et de soja, tandis que ses exportations de produits aquacoles (déjà présentes en 2025), d’œufs, de produits laitiers, de volaille et de porc devraient augmenter plus ou moins fortement d’ici 2050.
Enfin, une publication d’avril 2026 souligne le potentiel de développement des protéines végétales au Royaume-Uni. Leur part de marché pourrait passer de 14 % en 2025 à 29 % d’ici à 2040, sous réserve d’engagements ambitieux du secteur de la distribution.
Delphine Acloque, Centre d’études et de prospective
Source : SYSTEMIQ



