Les entreprises de travail temporaire, intermédiaires pour une main-d’œuvre détachée précaire
Dans un article publié en juin 2026 dans la revue Sociologie, P. E. Weill se penche sur le rôle central des entreprises de travail temporaire (ETT) dans l’emploi de main-d’œuvre détachée en France. L’agriculture est, avec la construction, le secteur qui a le plus recours au travail détaché intérimaire, à la différence notable qu’elle utilise presque exclusivement cette modalité de détachement (figure). Les ETT du sud de l’UE ou d’Europe centrale et orientale y sont par ailleurs surreprésentées. Pour ce qui est de la France, cette forme de travail détaché est particulièrement implantée en région Provence-Alpes-Côte d’Azur et en Corse.
Écarts à la distribution globale selon les modèles juridiques de détachement (septembre 2019 à décembre 2022)
Source : Sociologie
Les ETT remplissent trois fonctions d’intermédiation entre les exploitations agricoles et le marché du travail. La première est de fournir de la main-d’œuvre flexible, mobile, fiable, « disciplinée », à faible coût. Le service « clés en main » inclut transport, hébergement, gestion de la relation d’emploi, optimisation salariale. Pour l’auteur, la deuxième fonction est de limiter l’accès du travailleur à ses droits, en favorisant la mobilité transnationale, en opérant des recrutements hors UE, en menaçant les salariés d’éviction rapide, etc. Les exemples d’amputation des rémunérations ou des indemnités sont fréquents. Enfin, les ETT « vendent » une conformité légale par rapport au droit du travail. Ainsi, elles communiquent abondamment sur le devoir de vigilance des entreprises.
Toujours selon l’auteur, l’essor du travail détaché intérimaire participe à un mouvement d’européanisation de la mise à disposition de la main-d’œuvre précaire. Il encourage à mieux connaître les réformes (nationales et européennes) en matière de lutte contre le travail illégal et la fraude aux cotisations sociales.
Muriel Mahé, Centre d’études et de prospective
Source : Sociologie



