Restrictions chinoises sur les importations de bœuf australien entre 2020-2024 : des sanctions politiques qui n’ont pas laissé de traces durables

En avril 2026, la revue Agribusiness a publié un article qui analyse l’impact, sur les échanges commerciaux, des restrictions chinoises à l’importation de viande de bœuf en provenance d’Australie, mises en place en 2020 et levées en 2024.

Alors que la Chine était en 2019 la première destination du bœuf australien, captant un quart de ses exportations (figure), elle a suspendu l’agrément de quatre transformateurs majeurs en mai 2020. Les raisons officiellement avancées tiennent à des problèmes d’étiquetage, mais des chercheurs voient dans cette décision des représailles diplomatiques en réponse à des appels australiens à enquêter sur les origines de la covid-19. Dans les 12 mois suivants, cette mesure a été étendue pour inclure sept des plus grands transformateurs de bœuf du pays. Ces entreprises représentaient environ un tiers des exportations totales de bœuf australien vers la Chine au moment de la suspension.

Part de la Chine au sein des exportations de viande bovine australienne en 2019 (a) et part de la viande bovine australienne dans les importations de viande bovine chinoises (b), en 2019
Source : Agribusiness

Les auteurs ont cherché à voir si les interdictions d’importation basées sur des raisons politiques laissaient des traces durables dans les échanges commerciaux, ou si le commerce rebondissait rapidement une fois les restrictions levées. En utilisant les données de la base UNComtrade, de janvier 2018 à mai 2025, ils ont modélisé l’effet de trois phases : l’interdiction initiale (mai 2020), la levée partielle (mai 2024) et la levée totale (décembre 2024).

L’interdiction imposée en mai 2020 a entraîné une chute brutale de près de 60 % de la valeur et du volume des exportations de bœuf australien vers la Chine. Ces pertes ont concerné majoritairement la viande congelée. L’assouplissement des mesures a favorisé une reprise très modeste du commerce. En revanche, la levée totale des restrictions a provoqué un vif rebond, ce qui a permis de récupérer l’essentiel des parts de marché initialement perdues, en seulement quelques mois (figure). Le bœuf frais a rebondi plus rapidement que le bœuf congelé, ce dernier étant plus dépendant d’infrastructures de chaîne du froid et d’investissements à long terme, qui s’étaient érodés lors de la rupture des liens commerciaux.

Évolution du commerce de viande de bœuf entre l’Australie et la Chine, entre 2018 et 2025
 
Source : Agribusiness

Les interdictions fondées sur des risques sanitaires créent une méfiance durable chez les consommateurs. Mais selon les auteurs, en cas d’interdictions motivées par des raisons politiques, les conséquences commerciales disparaissent une fois les restrictions totalement levées.

Julie Blanchot, Centre d’études et de prospective

Source : Agribusiness

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