Effets des politiques d’offre et de demande en engrais sur les approvisionnements et les prix mondiaux
La fermeture du détroit d’Ormuz a perturbé un tiers du commerce maritime mondial d’engrais et a conduit à une hausse majeure de leurs prix (voir un précédent billet). Une note de l’IFPRI, de mai 2026, s’intéresse à la façon dont les choix politiques de certains pays pourraient aggraver ou au contraire améliorer la situation mondiale des prix et approvisionnements en urée et en phosphate diammonique (DAP). Quatre scénarios sont modélisés pour les principaux pays exportateurs d’engrais non affectés par la fermeture du détroit (Russie, Chine, Égypte et Indonésie), selon qu’ils maintiennent, assouplissent ou renforcent leurs restrictions aux exportations (figure).
Évolution du prix mondial de l’urée (en dollars par tonne) selon différents scénarios de restriction aux exportations des grands pays exportateurs (hors golfe Persique) : Chine, Russie, Égypte, Indonésie
Source : IFPRI
Lecture : le scénario de référence en bleu correspond au maintien, dans les quatre pays, des restrictions à l’exportation pratiquées en 2024 ; le scénario représenté en pointillé correspond à un assouplissement de ces restrictions pour un volume total de 6,1 millions de tonnes ; les scénarios représentés en orange et en rouge correspondent à un renforcement des restrictions, avec respectivement 1 million de tonnes d’urée et 3,5 millions de tonnes (soit 7 % du commerce mondial) exportées en moins par rapport à 2024.
La modélisation fait par ailleurs l’hypothèse que les flux commerciaux par le détroit d’Ormuz reviendront à environ 50 % de leur niveau normal d’ici le mois d’août 2026, et qu’ils s’amélioreront progressivement pour atteindre 75 % de ce niveau début 2027.
Du côté de la demande, deux scénarios étudient les effets qu’auraient les subventions à l’achat d’engrais de grands pays importateurs. Dans le premier, l’Inde reviendrait à ses niveaux de soutien de 2022-2023. Dans le second, d’autres pays d’Asie du Sud-Est et d’Amérique du Sud décideraient de soutiens supplémentaires. Les résultats des modélisations montrent que retirer quelques millions de tonnes du marché, via les restrictions aux exportations, conduirait à accroitre davantage les prix mondiaux que subventionner les achats pour un montant équivalent. Les différents scénarios illustrent bien : la faible élasticité de la demande en engrais ; le temps nécessaire pour développer des capacités de production nationales ; et le poids des subventions indiennes dans les différents scénarios modélisés.
Karine Belna, Centre d’études et de prospective
Source : IFPRI



