Les élevages biologiques multi-espèces en Europe : arbitrages entre productivités agricole et économique

Des chercheurs d’INRAE ont publié en octobre 2025, dans la revue Farming System, un article sur la productivité des élevages en agriculture biologique associant plusieurs espèces d’animaux, dans six pays européens (Autriche, Belgique, France, Allemagne, Italie, Suède). L’étude visait à mesurer l’effet de cette diversification du cheptel sur la quantité de protéines produites par les animaux (par unité de gros bétail, UGB), sur la productivité de la terre (par ha) et sur celle du travail (par unité de travail annuel, UTA). Pour permettre des comparaisons harmonisées, les chercheurs ont converti l’ensemble des productions en kilogrammes de protéines, qu’elles soient d’origine animale ou végétale. Et pour rendre compte de la productivité économique, le revenu provenant de la vente des produits agricoles (animaux et végétaux), hors subventions, a également été calculé et rapporté à ces mêmes variables (nombre d’animaux, surface, quantité de travail).

Les exploitations étudiées combinaient chacune au moins 2 espèces parmi les suivantes : bovins lait, bovins viande, ovins lait, ovins viande, caprins, volailles et porcins. Les auteurs montrent que la plupart des exploitations étudiées sont aussi productives, en volume et en valeur, que les exploitations bio spécialisées, à l’exception de celles dont l’une des espèces est bovin laitier ou chèvre. Dans ce cas, les exploitations mono-espèce restent plus performantes car la gestion des besoins alimentaires et de pâturage de ces deux espèces est plus exigeante et ne permet pas la maximisation de la productivité de chacune. Les systèmes multi-espèces intégrant des volailles ou des porcs affichent une productivité supérieure à ceux détenant uniquement des ruminants. Parmi l’ensemble des combinaisons étudiées, les associations bovins-volailles offrent les meilleurs rendements économiques et en quantité de protéines produites (figure).

Productivité des exploitations pour trois combinaisons d’animaux étudiées
Source : Farming System
Lecture : la productivité est exprimée en kilogrammes de protéines (graphiques de gauche) ou en euros de revenu des ventes de produits agricoles (graphiques de droite), et rapportée à l’UGB (LSU) (en haut), à l’ha (au milieu) ou à l’UTA (AWU) (en bas). La ligne noire dans chaque « boîte à moustache » correspond à la médiane de la catégorie. Les lignes pointillées rouges indiquent la moyenne des trois catégories. Les points noirs indiquent les valeurs aberrantes de la distribution des variables au sein du groupe d’exploitations agricoles étudiées.

Les auteurs remarquent par ailleurs qu’il n’existe pas de corrélation entre maximisation de la production et du revenu. Une exploitation peut atteindre un haut niveau de productivité agricole sans générer une meilleure productivité économique. D’après eux, la grande variabilité observée dans leur échantillon, en matière de productivité, que ce soit entre pays ou entre combinaisons d’espèces, remet également en cause l’idée selon laquelle, quel que soit le contexte, la diversification des exploitations d’élevage permettrait de créer des systèmes plus performants.

Julie Blanchot, Centre d’études et de prospective

Source : Farming System

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