La singularité des États-Unis à l’OMC : analyse des soutiens agricoles
L’article d’A. Kirsch et T. Pouch, publié en juin 2025 dans la Revue de l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), analyse la position des États-Unis à l’OMC depuis les années 2000. La réflexion se place dans le contexte de leur rivalité commerciale avec l’Union européenne (UE), leader des exportations agricoles et alimentaires depuis le tournant du XXIe siècle.
L’article éclaire, dans un premier temps, le déclin progressif de la compétitivité agricole américaine sur les marchés internationaux, illustré par le recul de son excédent commercial agroalimentaire (figure). Cette baisse devrait se poursuivre d’ici 2032.
Commerce extérieur agroalimentaire des États-Unis (en % du PIB) : tendances et projections
Source : Revue de l’OFCE, d’après des données du service de recherche économique du ministère de l’agriculture des États-Unis (USDA-ERS)
Pour ralentir ce déclassement, Washington a cherché à contourner certaines règles de l’OMC. Cela lui a permis de renforcer considérablement ses soutiens à l’agriculture, qui dépassent désormais largement ceux de l’UE. Cette dernière a quant à elle accepté de réduire ses aides, notamment en réponse à la demande des pays émergents (figure).
Évolution comparée de l’ensemble des aides au secteur agricole pour l’UE et les États-Unis
Source : Revue de l’OFCE, d’après des données OMC
Lecture : les boîtes orange, bleue et verte de l’OMC regroupent les subventions agricoles selon leur degré de distorsion sur le commerce international. Les aides de la boîte verte, indépendantes de la production, ne sont pas limitées. Celles de la boîte bleue sont des soutiens limités à la production et autorisées sous conditions. Celles de la boîte orange, combinant soutien aux prix et à la production, sont limitées et plafonnées. Depuis les années 2020, l’aide alimentaire classée en boîte verte et les aides de minimis (non comptabilisées en boîte orange) ont fortement augmenté pour les États-Unis.
L’étude détaille comment, entre 2010 et 2021, les États-Unis ont triplé leur soutien à l’agriculture tout en respectant formellement les plafonds de l’OMC. Ils ont intensément recouru aux aides de minimis (montants minimaux de soutien à un produit donné tolérés par l’OMC, bien que distorsifs), en n’excédant pas le seuil de 5 % de la valeur du produit, seuil au-delà duquel les aides sont enregistrées en boîte orange. En outre, l’aide alimentaire interne, comptabilisée en boîte verte (et donc non limitée), constitue une stratégie de soutien direct déguisé. Elle favorise en effet les producteurs américains via les coupons alimentaires (food stamps), qui ciblent en partie les produits frais locaux ou les achats directs aux agriculteurs. Les États-Unis entravent par ailleurs le renouvellement des juges de l’organe de règlement des différends de l’OMC, ce qui paralyse son fonctionnement.
Enfin, les auteurs expliquent combien les réponses des partenaires commerciaux des États-Unis restent très limitées, ceci alors que la conflictualité s’intensifie sous la nouvelle présidence Trump. Ils soulignent les défaillances et les défis à venir pour le futur de la gouvernance commerciale mondiale.
Delphine Acloque, Centre d’études et de prospective
Source : Revue de l’OFCE




