Industrie phytosanitaire : la « révolution des génériques »

Mis en ligne en mars 2025, un article du Journal of Agrarian Change s’intéresse à la géographie de l’industrie des produits phytosanitaires. Il dresse un panorama de la production, et des flux internationaux de substances actives et préparations commerciales.

Le poids de la Chine et de l’Inde va croissant, à mesure que les principes et formulations mis au point par les multinationales basées aux États-Unis et en Europe passent dans le domaine public. Alors que les pesticides génériques (substances anciennes dont les brevets ont expiré) ne représentaient qu’un tiers du marché mondial en valeur en 2000, ils en constituent les trois quarts en 2021, tout en étant bien moins chers. Divers mécanismes (protection de variantes, dépôts de marque, etc.) ont, un temps, permis aux acteurs de la R&D de prolonger leurs droits de propriété intellectuelle. Mais l’expiration des dernières protections sur les préparations à base de glyphosate, en 2000, a accéléré la tendance. De nouvelles grandes entreprises multinationales sont apparues (figure).

Principales entreprises produisant des pesticides génériques
Source : Journal of Agrarian Change

Les facteurs qui ont favorisé le développement de l’industrie des herbicides en Chine sont détaillés. En 2005 puis en 2015, l’État a mis en place un mécanisme de détaxe sur les exportations des produits les plus anciens (à base de 2,4-D et de dicamba notamment), à un moment où la demande internationale augmentait suite à l’apparition de résistances au glyphosate. Durant la même période, les autorités incitaient les industriels à se regrouper, à se « mettre à niveau » par rapport aux standards environnementaux et à se positionner sur les produits formulés plutôt que sur les substances actives commercialisées en vrac. Cette orientation politique a conduit à la prise de contrôle de l’entreprise suisse Syngenta, en 2017, par ChemChina. Les firmes chinoises ont également développé différentes stratégies d’intégration de l’amont de la chaîne d’approvisionnement, et d’implantation sur les marchés clés d’Amérique du Sud et d’Afrique.

Pour finir, les auteurs s’interrogent sur le rôle des acteurs historiques du secteur agro-chimique dans cette « révolution des génériques ». Prenant les exemples de BASF, Corteva et Syngenta, ils montrent que les deux classes de multinationales (les « anciennes », à l’origine de l’effort de R&D, et les « nouvelles », produisant des génériques) ne sont pas étanches. Les premières s’appuient largement sur les secondes, dans le cadre de relations de sous-traitance et de délocalisations. Elles conservent un rôle primordial sur les marchés, au-delà de la seule recherche de pointe.

Florent Bidaud, Centre d’études et de prospective

Source : Journal of Agrarian Change

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