Le temps des forêts, film de François-Xavier Drouet

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Documentariste passé par les sciences sociales, François-Xavier Drouet vit et travaille sur le plateau de Millevaches, recouvert au début du XXe siècle d’une forêt à vocation de production, exploitée industriellement, d’abord constituée de pin sylvestre puis d’épicéa et maintenant de douglas. Partant de ses terres limousines, son film nous transporte dans le Morvan, l’Alsace, les Landes, la Montagne noire, dressant le portrait de la sylviculture intensive et de ses potentielles solutions de rechange. Il obtint un prix au festival de Locarno 2018 et sortit en salle en septembre de la même année. Il vient d’être édité en DVD par KMBO, avec en complément cinq longs et intéressants portraits d’acteurs (gestionnaires, technicien, bûcheron, scieur).

Le titre « Le temps des forêts » semble être une concession à l’engouement actuel pour l’arbre et le végétal. Les images et témoignages qu’on nous propose mériteraient plutôt de s’intituler « heurs et malheurs de la filière bois française » car, de l’amont à l’aval, c’est bien tout un système d’acteurs, d’habitudes, de techniques, de politiques et de rapports de pouvoir qui est décrit.

Hier, on privilégiait la gestion extensive de forêts anciennes, pluri-essences, à sous-étage riche, adaptées à leurs conditions pédoclimatiques. Il suffisait de laisser pousser et d’assurer la régénération naturelle et des revenus réguliers en prélevant parcimonieusement les beaux sujets. La complexité forestière créait un réseau racinaire dense d’arbres résistant bien aux vents et aux parasites. Les coupes de bois faisaient l’activité de scieries locales, polyvalentes, travaillant à la demande, et alimentaient une deuxième transformation dynamique (construction, ameublement), capable d’exporter des produits à valeur ajoutée.

Depuis 20 à 30 ans, au contraire, c’est la capacité d’absorption des méga-scieries qui commande toute la chaîne. Elles exigent surtout du douglas jeune, de diamètre moyen, calé sur les standards internationaux imposés par les Scandinaves ou les Allemands. Il faut donc sortir rapidement de gros volumes « bord de route », qui finiront en planches bas de gamme ou en vulgaires palettes. Des abatteuses ultra-performantes mais très coûteuses font des coupes rases, puis on désouche, laboure puis replante en ligne droite des « champs d’arbres » mono-essences, sur des sols « propres » mais appauvris. La deuxième transformation française s’étant effondrée, les plus gros arbres, surtout feuillus, partent en Asie (Chine, Inde) puis nous reviennent sous forme de coûteux meubles et parquets. Cette gestion intensive, simplifiée, forcée, nécessite de lourds investissements et des cycles productifs de plus en plus courts. Elle a répondu aux impératifs d’une époque, mais est de plus en plus questionnée…

Bruno Hérault, Centre d’études et de prospective

Lien : KMBO

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