ReceBio, estimer l’impact de la demande en bioénergie sur la forêt européenne

La Commission européenne a mis en ligne le rapport final d’une étude intitulée ReceBio, dont l’objectif est d’estimer les conséquences d’une demande croissante en bioénergie sur les ressources forestières au sein de l’Union européenne, ainsi qu’au niveau mondial. L’étude est le fruit de la collaboration de chercheurs de l’IIASA, de l’Öko-Institut, de l’European Forest Institute (EFI, voir un autre billet sur ce blog), d’INDUFOR et de l’Institute for European Environmental Policy.

Pour réaliser ce travail, les auteurs ont défini 5 scénarios. Deux d’entre eux fixent des objectifs européens de réduction des émissions, de l’ordre de 20 % en 2020 pour la Baseline et de 80 % en 2050 pour le scénario EU Emission reduction. Deux autres font des hypothèses sur l’évolution de la demande : stable après 2020 (Constant EU demand) et en hausse au niveau mondial (Increased rest of the World bioenergy demand). Le dernier scénario Increased EU biomass import explore les impacts d’une diminution des coûts des échanges.

Au niveau des résultats, la Baseline est caractérisée par une augmentation de la production domestique de bois (+10 % entre 2010 et 2030 ; taillis en courte rotation (TCR) essentiellement) et des importations en pellets (+90 %). Elles se stabilisent entre 2030 et 2050, contrairement au scénario EU Emission reduction. Dans ce dernier, cette hausse après 2030 s’accompagne d’une réduction des terres dédiées aux prairies et aux cultures végétales ; de plus, une partie du bois à destination de la production de matériaux est détournée pour produire directement de l’énergie. Inversement, quand la demande en bioénergie est stable (Constant EU demand), une partie des co-produits des scieries est réorientée de l’énergie vers la fabrication de panneaux. Dans le Increased rest of the World bioenergy demand, les possibilités d’importation par l’UE sont limitées par les besoins croissants des pays tiers, et la production à partir des TCR est la plus importante de tous les scénarios. Enfin, dans le dernier scénario, les importations en bois rond sont en hausse de 22 %, en 2050, par rapport au scénario EU Emission reduction, voire multipliées par 4 pour les pellets.

Reposant sur les modèles Globiom et G4M de l’IIASA, ce travail conclut sur des synergies entre protection des zones riches en biodiversité et réduction des émissions de gaz à effet de serre. Par ailleurs, il montre que les efforts de réduction au sein de l’UE (scénario EU Emission reduction) peuvent être reportés dans des pays tiers (« fuites de carbone »).

Élise Delgoulet, Centre d’études et de prospective

Sources : IIASA, Commission européenne

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