Intoxications aiguës aux pesticides chez les agriculteurs : une estimation à l’échelle mondiale
Un article publié en septembre 2026 dans Frontiers in Public Health cherche à actualiser l’estimation mondiale du nombre de cas annuels d’intoxications aiguës par les pesticides, dans la population agricole. L’étude se concentre sur les intoxications non intentionnelles, excluant donc les ingestions volontaires dans les cas de tentatives de suicide. La principale étude de référence avait été publiée en 1990 par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), et faisait état d’environ un million d’intoxications aiguës entraînant près de 20 000 décès dans l’ensemble de la population de la planète. Elle se fondait sur des données d’admissions hospitalières de 1980 et recensait uniquement les cas les plus graves. Depuis, les volumes de pesticides utilisés ont doublé, pour atteindre 3,8 millions de tonnes en 2023. Pour actualiser les chiffres en les recentrant sur la population agricole, les auteurs ont retenu 151 articles scientifiques recensant des cas de contaminations aux pesticides d’agriculteurs et d’ouvriers agricoles, déclarés entre 2006 et 2023. Les résultats ont été regroupés par pays, annualisés, puis extrapolés aux différentes régions du monde en fonction de la taille de leur population (figure).
Estimation des cas d’intoxications involontaires annuelles aux pesticides d’agriculteurs et ouvriers agricoles, selon les régions du monde
Source : Frontiers in Public Health
Lecture : dans la légende, le nombre associé à chaque sous-région du monde correspond à l’estimation des cas d’intoxications involontaires aux pesticides (annuels, exprimés en milliers) calculée à partir de données portant sur tout ou partie de la période 2006-2023.
Les auteurs estiment entre 402 et 433 millions les cas annuels d’intoxication aiguë chez les agriculteurs et les ouvriers agricoles (dont le nombre est évalué à 934 millions), un même agriculteur pouvant être contaminé plus d’une fois dans une année. Les continents les plus touchés sont l’Asie et l’Afrique (voir un précédent billet sur l’Éthiopie).
Ces résultats doivent néanmoins être interprétés avec prudence, les données sur lesquelles se fonde l’article ne couvrant que 49 pays. De plus, certaines études ont été conduites dans des régions particulièrement exposées, ce qui a pu conduire à des surestimations nationales dans les pays où peu de données étaient disponibles. Enfin, l’hétérogénéité des méthodes, des périodes d’exposition et des définitions retenues limite les comparaisons entre pays.
Afin de prendre la mesure de ce phénomène mondial, les auteurs recommandent d’harmoniser les systèmes nationaux de surveillance et de déclaration des intoxications. Ils considèrent également que ces résultats devraient conduire à mettre en œuvre des actions prioritairement dans les régions du monde où les pesticides présentant un risque élevé sont encore autorisés sans formation obligatoire à leur utilisation.
Jérôme Lerbourg, Centre d’études et de prospective
Source : Frontiers in Public Health