Règlement européen contre la déforestation, règles de traçabilité et marché mondial du café

L’initiative Transparency for Sustainable Economies (Trase) (voir un précédent billet) a publié en septembre 2026 un nouveau jeu de données sur les chaînes d’approvisionnement du café. À cette occasion, elle estime les impacts potentiels du règlement européen contre la déforestation sur les comportements des acteurs : entreprises et pays exportateurs ou importateurs. L’Union européenne est le premier acheteur de café (40 %), devant les États-Unis (18 %), et 80 % des importations mondiales sont le fait d’entreprises actives sur le marché européen (figure). À partir de la cartographie détaillée des flux et des intervenants sur le marché mondial, les auteurs ont notamment cherché à identifier les entreprises et les pays producteurs qui seraient incités à étendre le système de traçabilité, désormais requis par l’UE, à l’ensemble de leurs échanges.

Répartition des destinations du café des dix premières entreprises importatrices, au regard du volume de leurs achats, en 2020

Source : Trase

L’étude au niveau infranational permet d’identifier les régions de production les plus sensibles à l’évolution des réglementations des pays importateurs, en raison de leur forte dépendance aux exportations. Elle montre par exemple qu’au Brésil, il n’y a pas de spécialisation des régions en fonction des destinations : les zones de production et les ports d’exportation sont les mêmes pour le café exporté vers l’Europe et les États-Unis. Dans ce cas, les auteurs anticipent que les normes européennes se diffuseront plus facilement, y compris pour des produits destinés aux États-Unis. En effet, l’importance relative du marché européen et la faiblesse des alternatives limitent les reports de flux vers des destinations moins exigeantes. Pour les années à venir, les auteurs font donc l’hypothèse d’une convergence des dispositifs de lutte contre la déforestation.

Muriel Mahé, Centre d’études et de prospective

Source : Trase