Pénurie de main-d’œuvre agricole aux États-Unis : des impacts variables selon les productions végétales
Une équipe internationale de chercheurs a publié en septembre 2026, dans l’American Journal of Agricultural Economics, un article sur les conséquences de la baisse de la main-d’œuvre agricole sur les productions végétales aux États-Unis. Ce travail s’intéresse en particulier aux interactions entre marché du travail et performances économiques de l’agriculture.
L’analyse économétrique a été menée sur les données des quatre derniers recensements agricoles américains (2002, 2007, 2012 et 2017, les résultats de 2022 n’ayant pas encore été publiés au moment des travaux). Elle a porté sur quatre des neuf grandes régions agricoles, qui concentrent plus de 80 % de l’emploi agricole et des production végétales du pays (figure) : le Heartland et le Northern Great Plain sont plutôt orientés vers les grandes cultures, la Fruitful Rim vers les cultures spécialisées et le North Crescent est caractérisé par des systèmes mixtes, dans lesquels les céréales remplacent progressivement les cultures maraîchères et fruitières traditionnelles.
Carte des neuf grandes régions agricoles des États-Unis
Source : American Journal of Agricultural Economics
La méthode utilisée a permis d’isoler les contributions respectives des variations de l’offre de travail, des gains de productivité et de la demande de produits. Face à la baisse de la main-d’œuvre agricole disponible, notamment en provenance du Mexique, les filières se sont adaptées différemment. La productivité du travail a progressé de 8 %, sur la période, dans les régions de cultures spécialisées, contre 36 % dans celles de grandes cultures. De fait, le remplacement du travail par les autres facteurs de production (intrants, équipements) est contraint par les possibilités de mécanisation, qui restent limitées pour certaines tâches intensives en emploi (récolte des fruits et légumes, etc.). Les auteurs montrent même que dans la Fruitful Rim, la mécanisation accrue de la récolte (tapis roulants, plateformes hydrauliques de chargement, assistance à la récolte) s’est accompagnée d’une hausse des besoins de main-d’œuvre. En améliorant les conditions de travail, elle a élargi les possibilités d’embauche et contenu la hausse des coûts salariaux.
Cependant, dans de nombreuses filières, la pénurie de main-d’œuvre a conduit à recourir massivement à des saisonniers étrangers sous visa H-2A (Temporary Agricultural Workers), avec des surcoûts d’intermédiation. Dans ce contexte, le coût du travail agricole augmente et modifie les équilibres entre filières (remplacement des cultures spécialisées par les grandes cultures), secteurs économiques, voire origines des produits (perte de compétitivité face aux produits importés).
En conclusion, les auteurs anticipent que la poursuite de la baisse de la main-d’œuvre, de 1 % par an, se traduirait par une hausse des coûts salariaux de près de 6 % sur dix ans en grandes cultures, et de plus de 7 % en cultures spécialisées. Le durcissement des conditions d’accès aux visas H-2A pourrait amplifier les tensions. Le renchérissement de la main-d’œuvre se traduirait notamment par une baisse de la consommation de fruits et légumes domestiques, une hausse de la consommation de produits agricoles importés et une dégradation de la balance commerciale en grandes cultures.
Muriel Mahé, Centre d’études et de prospective
