« Plus de choix. Plus de contrôle. Plus de Canada dans notre assiette » : les ambitions de la nouvelle stratégie canadienne de sécurité alimentaire
Le ministère canadien de l’Agriculture et de l’Agroalimentaire a publié, en juin 2026, sa Stratégie nationale de sécurité alimentaire, qui vise à renforcer la présence des produits nationaux dans la décennie à venir. Son premier objectif, « plus de choix », consiste à diversifier les débouchés des agriculteurs, les sources d’approvisionnement des détaillants indépendants et l’offre alimentaire proposée aux consommateurs. Le deuxième objectif, « plus de contrôle », consiste à renforcer les capacités de transformation au Canada, à développer l’agriculture en environnement contrôlé (ex. serres et fermes verticales), sécuriser l’accès aux intrants et faciliter la transmission des exploitations.
Ce document stratégique établit d’abord un diagnostic des vulnérabilités, dans un contexte de hausse des prix alimentaires nationaux (+31 % depuis 2020) et d’intensification des risques géopolitiques, climatiques et commerciaux. Neuvième fournisseur agroalimentaire mondial, avec près de 100 milliards de dollars d’exportations annuelles, le Canada reste néanmoins très dépendant des importations. Celles-ci représentent 26 % de sa consommation de bœuf, 30 % de celle de porc, 88 % des fruits frais et 72 % des légumes. Les États-Unis absorbent 61 % des exportations alimentaires canadiennes et fournissent plus de la moitié de ses importations.
Une telle dépendance expose le Canada aux effets de la politique douanière de son voisin et l’incite à renforcer ses relations avec d’autres partenaires commerciaux. La vulnérabilité de son système alimentaire est exacerbée par la concentration des acteurs de la distribution et de la transformation : cinq distributeurs réalisent environ 75 % des ventes alimentaires au détail (figure) et deux entreprises contrôlent 85 à 90 % des abattoirs fédéraux de bovins. Le document souligne également la fragilité des communautés côtières autochtones, nordiques, pénalisées par le manque d’infrastructures de transformation, d’entreposage frigorifique et de logistique dans les régions qu’elles occupent.
Concentration du secteur de la distribution alimentaire au Canada
Source : ministère canadien de l’Agriculture et de l’Agroalimentaire
La stratégie définit ensuite une série d’indicateurs de performance destinés à orienter et à suivre l’évolution du système alimentaire canadien. D’ici à 2032, le gouvernement souhaite faire passer de 75 à 85 % la part de l’offre nationale en aliments considérés comme « sains », selon le Guide alimentaire canadien. Le doublement de la valeur de la production en environnement contrôlé (ex. serres climatisées) devrait réduire les importations et prolonger les saisons de production. La stratégie prévoit par ailleurs de mobiliser, sur dix ans, un « fonds de liaison alimentaire » pour financer marchés de gros, plateformes agro-alimentaires régionales et infrastructures logistiques. Enfin, l’objectif est de porter la croissance annuelle moyenne de l’industrie de transformation de 1,6 % à 2,75 % d’ici à 2035.
Delphine Acloque, Centre d’études et de prospective
Source : ministère de l’Agriculture et de l’Agroalimentaire du Canada

