FOCUS – Robots en agriculture : représentations et attentes

La robotique en agriculture regroupe les équipements automatisés réalisant de manière autonome ou semi-autonome une diversité de tâches (désherbage, travail du sol, semis, récolte, etc.) à partir de perceptions de leur environnement. Le recours à l’intelligence artificielle est de plus en plus fréquent pour accroître l’expertise des machines, améliorer leurs capacités de navigation, d’analyse de l’environnement et de prise de décision. Plusieurs articles récents se sont intéressés aux représentations de la robotique agricole véhiculées par différents canaux (réseaux sociaux, presse écrite), ainsi qu’au degré d’acceptation, par le grand public et les agriculteurs, de l’arrivée de ces machines dans les champs.

Des chercheurs ont ainsi étudié près de 7 000 messages consacrés à la robotique agricole, postés entre 2011 et 2024 sur le réseau social X (anciennement Twitter). Trois périodes se distinguent, par les volumes de publications et la tonalité des contenus. Elles témoignent d’une évolution des perceptions, par le grand public, d’une technologie d’abord assimilée à de la science-fiction, et relevant aujourd’hui d’une réalité commerciale. Peu de messages sont repérés avant 2016, puis leur nombre augmente fortement jusqu’en 2017. Le volume des publications se maintient à un niveau élevé, avec une tonalité majoritairement positive, jusqu’à la fin 2022 (figure). Les auteurs voient dans cet intérêt du grand public une conséquence des campagnes de communication active réalisée par les parties prenantes au projet expérimental Hands Free Hectare (voir une précédente brève). Celui-ci visait à démontrer, à grande échelle et sur plusieurs années, la faisabilité d’une agriculture sans intervention humaine directe, dans laquelle les différentes opérations culturales seraient réalisées par des robots. La baisse des flux de messages observée à partir de fin 2022 est liée au passage de la phase de démonstration de faisabilité, qui avait suscité un grand engouement, à celle de déploiement commercial dans plusieurs régions du monde. Le changement de politique de la plateforme Twitter, après le passage à X, a aussi pu influer.

Évolution du nombre de messages relatifs aux robots agricoles postés mensuellement sur le réseau social X, entre 2011 et 2024
Source : Precision Agriculture
Lecture : le nombre total de messages postés en langue anglaise sur le réseau social X est indiqué en bleu. Les messages de communication (résultats, vidéos de démonstration) émanant du projet Hands Free Hectare (HFH) sont représentés en orange.

À partir d’articles parus dans la presse nationale généraliste et spécialisée (figure), d’autres chercheurs ont analysé le discours médiatique sur les robots agricoles, façonnant l’opinion publique britannique. Le récit dominant présente la robotique comme une solution prometteuse, dont le déploiement serait à la fois inévitable et imminent. L’automatisation de l’agriculture y est justifiée par la nécessité de répondre à trois tendances fortes auxquelles est confronté le secteur : la pénurie de main-d’œuvre, l’augmentation de la demande alimentaire mondiale et la nécessité de réduire l’empreinte environnementale de l’agriculture dans un contexte de changement climatique.

Évolution du nombre de messages relatifs aux robots agricoles dans les six principaux titres de presse nationale généraliste et spécialisée britannique, sur la période 2014-2023
Source : Sociologia Ruralis
Lecture : parmi les trois types de récits identifiés (A : réservé, avec des arguments optimistes et des mises en garde ; B : neutre, avec une description factuelle de la technologie ; C : optimiste, avec la vision d’une technologie prometteuse), le récit optimiste (C) représente 61 % des articles traitant de la robotique agricole, dans les six principaux titres de presse nationale généraliste et spécialisée britannique.

La perception des robots par les travailleurs agricoles a également fait l’objet d’études récentes. Une enquête menée auprès d’agriculteurs anglais montre que l’acceptation des robots varie selon la position professionnelle et les utilisations envisagés. Les ouvriers sont plus réticents que les chefs d’exploitation et les robots d’assistance mieux perçus que ceux qui se substituent au travail humain ou interviennent dans la prise de décision (voir une précédente brève). Un autre article s’est intéressé aux attentes d’agriculteurs allemands vis-à-vis des robots de désherbage. L’autonomie, l’efficacité et l’ajustabilité (hauteur de passage, largeur de travail) du robot, pour l’exécution de cette tâche chronophage, sont privilégiées par la majorité des agriculteurs interrogés, car ils déclarent que cela permettrait de dégager du temps. De plus, les robots petits et légers sont préférés, car ils limitent la compaction des sols et sont faciles à transporter. Enfin, dans la revue Big Data & Society, des salariés agricoles travaillant avec des robots de désherbage témoignent des liens « affectifs » qui se sont progressivement noués avec ces machines. Certains les assimilent à des collègues de travail ou comparent leurs relations avec celles entretenues avec les animaux de la ferme, allant parfois jusqu’à leur donner un prénom.

Jérôme Lerbourg, Centre d’études et de prospective