FOCUS : production d’œufs et enjeux associés

La consommation d’œufs a augmenté en France (+12 % entre 2019 et 2024) et l’élevage en cages a rapidement diminué (33 % de la production en 2024 contre 52 % en 2020). Dans ce contexte, une publication de FranceAgriMer montre que la filière d’œufs est parvenue à maintenir un taux d’auto-approvisionnement proche des 100 % (figure). Pour autant, en France comme ailleurs dans le monde, la production fait face à des défis importants, comme l’attestent plusieurs publications récentes.

Production, consommation et taux d’auto-approvisionnement d’œufs en France
Source : FranceAgriMer

Sur le plan sanitaire, les épisodes d’influenza aviaire hautement pathogène (IAHP) fragilisent le secteur et affectent la production. Dans un article publié dans le Journal of Economic Geography, des chercheurs montrent qu’au-delà de la mortalité induite par l’épidémie, les restrictions imposées sur le transport d’animaux vivants, lorsqu’un foyer est déclaré, perturbent le fonctionnement de la filière. Celle-ci est en effet très segmentée, entre accouveurs, éleveurs de poulettes et producteurs d’œufs, et son efficience dépend de la capacité des acteurs à assurer une bonne circulation des animaux entre les différents maillons. En raison de ces enjeux logistiques, un an et demi à deux ans seraient nécessaires pour retrouver un fonctionnement normal après qu’un foyer a été déclaré.

Le changement climatique est un autre problème de taille. Une étude publiée dans la revue Frontiers in Physiology analyse l’effet d’un stress thermique chronique sur la production d’œufs. Elle met en évidence une diminution du taux de ponte, toutefois temporaire (disparaissant au bout de trois semaines, y compris si le stress thermique persiste), et une dégradation de la qualité des œufs, plus légers et à la coquille plus fragile. Ces résultats confirment ceux d’une revue de littérature publiée dans le Journal of Animal Science and Biotechnology. Elle montre en outre que certains traits génétiques peuvent atténuer l’effet des stress thermiques sur la production, et les auteurs recommandent de renforcer la sélection sur ce critère.

De leur côté, les préoccupations de bien-être animal conduisent à remettre en question l’élevage en cage, ce qui interroge sur la capacité des solutions alternatives à garantir une production satisfaisante en quantité et en qualité. Une revue de littérature publiée dans CABI Reviews suggère que, sur l’ensemble du cycle de production, l’élevage hors cage n’impacterait pas la productivité des poules : la moindre production en début de cycle serait compensée par des taux de ponte se maintenant mieux dans le temps. Par ailleurs, si les œufs issus d’élevages en cages présentent généralement une meilleure intégrité de la coquille (moins d’œufs fêlés, moins de saleté), l’élevage de plein air ou biologique est associé à une meilleure qualité nutritionnelle (plus d’oméga-3, de vitamine A et d’antioxydants).

Mickaël Hugonnet, Centre d’études et de prospective