FOCUS : biosécurité dans les élevages

L’élevage souffre depuis plusieurs années de l’émergence ou de la ré-émergence de maladies animales aux conséquences plus ou moins graves : économiques, sanitaires, contagiosité à l’humain, etc. Parmi les différentes mesures de prévention, la biosécurité occupe une place de choix, d’autant que le règlement européen 2016/429, dit « loi de santé animale », met l’accent sur cette approche pour protéger les élevages. Il la définit comme « l’ensemble des mesures de gestion et des mesures matérielles destinées à réduire le risque d’introduction, de développement et de propagation des maladies ». Plusieurs publications récentes abordent ce sujet.

Un article paru en décembre 2025 dans Preventive Veterinary Medicine propose un indice de vulnérabilité aux maladies infectieuses, appliqué aux élevages laitiers. Il combine des informations sur les mesures de biosécurité, la gestion de la ferme et les mouvements des animaux. Ce dernier critère serait le principal facteur de vulnérabilité, quels que soient la taille de l’exploitation ou le mode d’élevage (agriculture biologique, élevage intensif, etc.).

Un autre article, paru dans Research in Veterinary Science, s’intéresse lui à l’application des mesures de biosécurité dans les élevages de petite taille, pour lesquels les données sont peu nombreuses. Un questionnaire a été adressé à 346 vétérinaires dans 23 pays. Il leur a été demandé de caractériser ces petits élevages, de détailler la fréquence de leurs visites, les principales mesures de biosécurité, etc. Les plus importantes, pour les enquêtés, concernent l’entrée des animaux sur la ferme : quarantaine, tests de dépistage, statut sanitaire de l’élevage d’origine, etc. (figure).

Mesures de biosécurité les plus importantes pour prévenir l’introduction d’agents pathogènes
Source : Research in Veterinary Science
Lecture : six groupes de mesures sont étudiés pour les ruminants (en haut) et les porcs (en bas) : le transport et l’équipement, l’alimentation et l’abreuvement, les visiteurs, l’hygiène, les fermes pratiquant la polyculture-élevage, la clôture, l’introduction d’un nouvel animal. Les trois « clusters » représentent des zones géographiques européennes (dans l’ordre : Balkans et Europe du Nord, Turquie, Europe centrale et du Sud).

De façon originale, deux articles s’intéressent aux motivations des éleveurs pour mettre en œuvre des mesures de biosécurité. Une revue de littérature parue dans Preventive Veterinary Medicine pointe d’abord le manque d’études sur ce sujet. Le nombre de travaux varie selon les pays (davantage en Europe et en Asie centrale) et selon les espèces animales concernées (les études américaines portent principalement sur le bétail, les études asiatiques sur les volailles, etc.). Selon les auteurs, les vétérinaires disposent d’une influence importante sur l’application des mesures de biosécurité, du fait de leurs compétences techniques et des relations de confiance entretenues avec les éleveurs. Les pouvoirs publics jouent aussi un rôle en créant un environnement incitant ces derniers à adopter les bonnes mesures. Enfin, le dialogue entre exploitants permet de diffuser les pratiques au sein de la profession.

Un article du Journal of Rural Studies s’intéresse lui au cas de la tuberculose bovine en Irlande. Il établit un lien entre le niveau de connaissance des éleveurs sur la maladie et leur acceptation des mesures de biosécurité. Si les éleveurs interrogés maîtrisent bien la stratégie de lutte contre la tuberculose, les modes de contagion et l’utilisation des tests de dépistage sont moins bien compris. Par ailleurs, les auteurs confirment que le consentement de l’éleveur à appliquer les mesures de biosécurité augmente avec la confiance qu’il leur accorde.

Enfin, une méta-analyse parue dans la Revue scientifique et technique de l’Organisation mondiale de la santé animale s’intéresse aux mesures préventives : augmentation de la biosécurité, vaccination, amélioration des pratiques d’élevage, meilleure alimentation, etc. À l’échelle d’un élevage, elles permettent de réduire les antibiotiques, de baisser les taux de morbidité (émergence de maladies) et de mortalité, tout en améliorant le rendement des exploitations et les retours sur investissement.

Franck Bourdy, Centre d’études et de prospective