Diffusion des savoirs sur les agroéquipements dans l’enseignement agricole
Un article publié en mars 2026 dans la revue Économie rurale s’intéresse à l’enseignement du machinisme en France, des années 1960 à aujourd’hui. S’appuyant sur une revue de littérature, des entretiens individuels (chambres d’agriculture, CUMA, FNEDT, Axema, chercheurs, enseignants, etc.) et une enquête auprès de 85 enseignants, les auteurs retracent l’évolution des acteurs à l’origine des savoirs machiniques transmis dans les formations de l’enseignement agricole.
À la sortie de la Seconde Guerre mondiale, le machinisme agricole constituait un levier essentiel de la modernisation souhaitée par l’État, afin de réduire le retard technologique des exploitations françaises. La production et la diffusion des connaissances s’organisaient alors autour de nouvelles structures telles que des centres de recherche (Inra), des instituts techniques (Ceta, Cneema). À partir des années 1960, l’enseignement agricole est placé sous la tutelle du ministère de l’Agriculture. Des notions sur le machinisme sont intégrées aux formations dispensées aux enseignants à l’École nationale de formation agronomique (Enfa). Les ateliers de mécanique sont désormais remplacés par des cours sur l’utilisation des divers agroéquipements, et des formations spécialisées sont mises en place à destination des futurs agriculteurs ou des techniciens spécialistes des machines : BEPA option agroéquipements, BTS option génie des équipements agricoles, etc. À partir des années 1980, un désengagement progressif de l’État s’opère au profit des agroéquipementiers, demandeurs d’une montée en compétences de leurs techniciens face à la complexification et à la diffusion des machines agricoles (figure). Des partenariats se développent entre établissements d’enseignement agricole et industriels, pour la mise à disposition de matériels de plus en plus coûteux et de ressources pédagogiques associées. Les universités d’été de l’Aprodema, organisées par les acteurs industriels et des organisations professionnelles (FNEDT, FNCUMA), contribuent depuis plus de 20 ans à actualiser les connaissances techniques des enseignants français en agroéquipement et elles concernent chaque année environ 85 personnes, soit près d’un quart d’entre eux.
Évolution du nombre de tracteurs dans le parc national français
Source : Économie rurale
Ces dernières années, les agroéquipements retrouvent une place dans les politiques publiques, à travers la promotion de l’agriculture numérique. Toutefois, les auteurs relèvent un décalage entre les promesses d’écologisation régulièrement associées à la digitalisation des pratiques agricoles et les savoirs actuellement transmis, structurés autour d’une logique productiviste portée par les acteurs privés.
Jérôme Lerbourg, Centre d’études et de prospective
Source : Économie rurale