PAC en 2040 et choix d’allocation des soutiens

Le centre commun de recherche de la Commission européenne (JRC) a publié en octobre 2025 une étude prospective sur l’avenir de la PAC. Elle estime les impacts économiques et environnementaux de différents choix d’allocation des soutiens à l’horizon 2040 (figure), à partir d’une modélisation agroéconomique du système alimentaire de l’Union européenne (UE). Trois scénarios sont comparés, entre eux et avec le scénario de référence correspondant à la PAC actuelle. Le premier constitue un « contrefactuel » sans PAC (NoPAC). Dans le scénario « productivité et investissements » (P&I), les aides ciblent prioritairement la production et la compétitivité des exploitations, en particulier les plus petites et celles appartenant à des filières en difficulté. Dans le scénario « environnement et climat » (E&C), les soutiens sont réorientés vers les pratiques bénéfiques à l’environnement et vers les jeunes agriculteurs.

Impacts des scénarios, en 2040, sur plusieurs variables économiques et environnementales
Source : JRC
Lecture : les valeurs sont données comme des écarts (en %) entre le scénario considéré et le scénario de référence (bleu), où la PAC actuelle est maintenue.

Le scénario NoPAC entraînerait une baisse majeure des revenus agricoles pour l’ensemble des productions (-11 %), les petites exploitations étant les plus touchées. La surface agricole utilisée diminuerait (-2,5 %), de même que la production (ex. -3 % pour le lait). Les émissions de gaz à effet de serre (GES) agricoles reculeraient (-12,4 MtCO₂e), mais cet effet serait plus que compensé par des fuites de carbone (+20,6 MtCO₂e). En parallèle, on observerait un recul du surplus azoté (-4,9 %).

Dans le scénario P&I, les soutiens permettraient d’augmenter la production dans de nombreuses filières (céréales, viandes, lait). Les grandes exploitations en tireraient le plus grand bénéfice, tandis que les gains seraient faibles voire nuls pour les plus petites. En 2040, la diversité des cultures aurait toutefois reculé et l’agriculture serait devenue plus intensive (production et recours aux intrants plus élevés par hectare). En conséquence, le surplus azoté augmenterait dans la majorité des pays (+1,9 %), sauf en Finlande, Estonie et Italie.

Enfin, le scénario E&C conduirait à une baisse de la production pour toutes les tailles d’exploitation, les filières animales étant particulièrement impactées (ex. -10,3 % pour la viande bovine). Comme dans le scénario P&I, les réductions d’émissions (-1,7 %) seraient compensées par des fuites de carbone. Le surplus azoté diminuerait d’environ 1,7 % également dans ce scénario.

La balance commerciale agricole de l’UE se détériorerait nettement (-12,4 %) en l’absence de PAC, par rapport au scénario de référence. Dans le scénario P&I, elle s’améliorerait (+4,1 %), tandis qu’elle reculerait légèrement dans le scénario E&C (-2,1 %).

Les auteurs soulignent l’importance de la PAC pour assurer la viabilité du secteur agricole européen (figure). Ils mettent en lumière des compromis difficiles à trouver entre objectifs de compétitivité et de durabilité, ainsi que la nécessité d’anticiper les réactions des marchés, et ce dès la conception des politiques publiques.

Différences de revenus d’exploitation, pour diverses productions, en 2040, avec PAC et sans PAC
Source : JRC
Lecture : la différence (%) est celle entre le scénario NoPAC et un scénario tendanciel où la PAC actuelle est maintenue.

Miguel Rivière, Centre d’études et de prospective

Source : JRC, Commission européenne